Stratégie retail

La tech, une clé de la rentabilité du groupe Casino ?

Par Clotilde Chenevoy | Le | Enseignes

Casino a dévoilé jeudi 25 février des résultats annuels en croissance. Le groupe a diminué sa dette et surtout il a renoué avec la rentabilité. Et sur ce dernier sujet, l’un des leviers clés est l’usage de la tech. Explications.

O’Logistique exploite l’entrepôt doté de la technologie Ocado depuis mars 2020. - © Ocado
O’Logistique exploite l’entrepôt doté de la technologie Ocado depuis mars 2020. - © Ocado

Si l’année 2020 a été contrastée, avec des surcoûts importants liés au coronavirus, le groupe Casino affiche de bons résultats. Ainsi, le chiffre d’affaires atteint 31,9 milliards d’euros, soit une hausse de 8 % en comparable. Concernant la partie retail, la progression atteint 3 % en comparable et de +4,9 % avec Cdiscount. Autre indicateur positif, l’entreprise de Jean-Charles Naouri annonce renouer avec la rentabilité. Et parmi les leviers qui ont participé à cette amélioration des marges, il y a l’aboutissement du projet Rocade qui consistait à revendre des actifs non rentables, le développement des formats porteurs que sont la proximité et le premium. Et aussi l’usage de la tech à plusieurs niveaux.

Accélérer le passage en caisse a été bénéfique pour les hypermarchés

Depuis janvier 2019, Casino vend, via IBM, sa technologie de wallet.  - © Casino
Depuis janvier 2019, Casino vend, via IBM, sa technologie de wallet. - © Casino

Ainsi, le groupe a pu profiter de la digitalisation des magasins, particulièrement sur le volet encaissement. « Le développement des caisses automatiques et de l’encaissement sur mobile a été bénéfique pour la rentabilité », indique David Lubek, le directeur financier du groupe. L’indicateur auquel les dirigeants se fient est le nombre de passages en caisse. Le dirigeant ne donne pas de chiffres précis mais le groupe précise que 61 % des paiements en Hypermarchés Géant et 48 % en Supermarchés Casino sont désormais réalisés par smartphone ou caisse automatique, contre 45 % et 36 % début 2020. Le nombre de porteurs de l’application CasinoMax, qui inclut le paiement et la fidélité et les promotions, progresse aussi légèrement, passant de 20 % à fin 2019 à 22 % des ventes en hypermarchés et supermarchés au T4 2020.

Par ailleurs, si cela a beaucoup été décrié au début, le Groupe comptait 533 magasins équipés de solutions autonomes fin 2020, contre 305 fin 2019. Ces installations ont ainsi permis d’ouvrir le soir et le week-end.

La technologie bénéficie aussi aux opérations back office avec l’optimisation de l’excellence opérationnelle et la baisse des coûts. « Nous avons optimisé nos circuits logistiques pour baisser la démarque inconnue avec une fluidification dans le traitement des DLC », a précisé David Lubek. C’était l’objectif du projet Odysséa, initié dans l’hypermarché Géant de Pessac (33) en mars 2019. Le groupe a testé diverses technologies pour identifier des gains de productivité sur la logistique de ses magasins.

Avec Ocado, nous sommes toujours en phase de saturation de l’entrepôt, en installant de nouveaux modules et en agrandissant notre flotte de camions. Nous avons toujours dans l’idée d’installer un second entrepôt et de créer des sites régionaux mais nous priorisons la région parisienne où nous avons encore beaucoup de croissance à aller chercher.

Saturer les magasins et l’entrepôt pour l’e-commerce alimentaire

Alimentaire ou non alimentaire, le groupe Casino a pu profiter en 2020 d’une accélération de ses activités en ligne. Concernant le partenariat avec Ocado et l’activité d’O’Logistique qui gère l’entrepôt robotisé, « les six premiers mois ont été meilleurs que prévus, annonce David Lubek. Ocado s’est d’ailleurs félicité de cette avancée lors de ses résultats annuels. Nous sommes toujours en phase de saturation de l’entrepôt, en installant de nouveaux modules et en agrandissant notre flotte de camions. Nous avons toujours dans l’idée d’installer un second entrepôt et de créer des sites régionaux mais nous priorisons la région parisienne où nous avons encore beaucoup de croissance à aller chercher. »

Le groupe ne dévoile pas beaucoup de chiffres, le directeur financier indique que le NPS est supérieur à 50 et qu’il y a eu une hausse de 85 % des commandes passées via Monoprix Plus au T4 2020 (vs T3 2020). Et depuis septembre 2020, le service a été ouvert aux Géant Casino et Supermarchés Casino.

Quant à la question de la rentabilité du modèle, il souligne qu’ « Ocado est structurellement rentable, avec 6 à 7 points d’EBITDA. Il n’y a pas de raisons que cela ne soit pas identique pour Casino. Aux débuts les coûts fixes sont importants, puis on arrive à un point mort et de la marge. »

En revanche, concernant l’activité avec du picking magasin et le drive, les coûts se révèlent plus importants et la rentabilité n’y est pas. La clé sera, là aussi, la saturation des magasins estime David Lubek. Le groupe compte sur son partenariat avec Amazon pour générer plus de flux, les villes de Lyon et Bordeaux viennent s’ajouter à Paris et Nice. Il s’est aussi rapproché de Deliveroo et Uber Eats pour proposer un autre canal de livraison.

Cdiscount enregistre +63 % de son EBITDA

Cdiscount a investi massivement dans la robotisation de ses entrepôts. - © Cdiscount
Cdiscount a investi massivement dans la robotisation de ses entrepôts. - © Cdiscount

Lors de la publication de ses résultats annuels, David Lubek s’est félicité des excellents résultats de Cdiscount et a insisté sur sa rentabilité. Le site e-commerce dirigé par Emmanuel Grenier enregistre une hausse de  +63 % pour atteindre 133 M€ (101 M€ après loyers). La marketplace participe grandement à ses résultats. Ainsi, les revenus progressent de +23 % à 182 M€, en accélération (+40 % au T4). Le volume d’affaires croît de 22 %, avec une accélération au second semestre (+30 % de commandes). Autre source de marge, les services de fulfillement by Cdiscount, soit la commercialisation de l’outil logistique à des vendeurs tiers, sont en progression de +26 % et représentent 33 % du GMV marketplace.

Cdiscount compte d’ailleurs accélérer sur le service pour 2021. Une solution marketplace clé en main a été mise sur le marché, se positionnant ainsi en face de Mirakl. « Cette solution a vocation à se déployer en priorité en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient ce qui représente un marché e-commerce de plus de 600 milliards d’euros », précise le groupe dans son communiqué.

RelevanC prend de l’ampleur

Enfin, RelevanC est le dernier atout qui profite à la rentabilité du groupe Casino. La structure qui commercialise des services spécialisés dans la relation clients est nouvelle et encore petite à l’échelle de groupe, mais commence à prendre de l’ampleur. Son chiffre d’affaires annuel s’élève à 55 millions d’euros avec un EBITDA qui s’établit à 18 millions d’euros, en progression de près de 50 % sur 2020.

« Nous avons une légitimité dans la tech, conclut David Lubek. Le groupe a inscrit au travers la direction de l’innovation cette idée d’être présent dans l’écosystème des start-ups et de le valoriser à l’externe. RelevanC vient d’ailleurs de signer un gros contrat avec un retailler qui dispose de 10 000 points de vente et de 14 millions de clients encartés. »


RESULTATS ANNUELS 2020
Le Groupe a appliqué la recommandation AMF de présenter les coûts liés à la pandémie en EBITDA et ROC, y compris la prime exceptionnelle aux salariés versée au cours du premier semestre 2020 (37 M€ en France, 47 M€ au niveau du Groupe)

En M€ FY 2019 FY 2020 Variation
Chiffre d’affaires 34 645 31 912 +9 % (organique), +8 % (comparable)
EBITDA 2 640 2 742 +4 %
ROC 1 321 1 426 +8 %
Résultat net, part du Groupe, normalisé(activités poursuivies) 196 268 +37 %
Résultat net, part du Groupe(activités poursuivies) (396) (370) principalement dépréciations comptables et charges exceptionnelles liées à la transformation du Groupe et au plan de cession
Résultat net, part du Groupe(activités abandonnées) (1 048) (516) principalement pertes comptables liées à des opérations de déstockage et des dépréciations
Résultat net, part du Groupe(ensemble consolidé) (1 444) (886)