La bataille des coffee shops fait rage à New York
À New York, la bataille des coffee shops s’intensifie entre géants historiques, nouveaux entrants internationaux et concepts hybrides. Dunkin’, Starbucks, Eataly et Luckin Coffee s’affrontent sur tous les terrains : formats, prix, expérience et technologie. Une analyse de Frank Rosenthal, expert en stratégies du commerce.
A New York, le coffee shop n’est plus un simple lieu de consommation. Il est devenu un marqueur culturel, un laboratoire retail et un terrain d’expérimentation grandeur nature pour les enseignes du monde entier. Dans une ville où chaque carrefour concentre plusieurs concepts concurrents, la bataille fait rage entre géants historiques, nouveaux entrants internationaux et formats hybrides. Produits, prix, expérience, technologie, efficacité opérationnelle : la guerre du café new-yorkais cristallise toutes les mutations du commerce contemporain.
Dunkin’ vs Starbucks
Historiquement, New York était quadrillée par Dunkin’ et Starbucks. Dunkin’, fondée en 1950 (anciennement Dunkin Donuts), s’est développée massivement sur l’ensemble du territoire américain, tout en faisant de New York, et plus particulièrement Manhattan, son principal bastion urbain. Fin 2025, l’enseigne comptait plus de 620 points de vente à Manhattan, selon Crain’s New York Business, et plus de 1 100 unités dans l’ensemble des cinq boroughs (les cinq arrondissements qui composent la ville de New York : Manhattan, Brooklyn, Queens, Bronx et Staten Island, NDLR), ce qui en fait la première enseigne de restauration rapide de la ville en nombre d’implantations.
Selon les estimations croisées de Technomic et QSR Magazine (2025), Dunkin’ génère plus de 1,3 milliard de dollars de chiffre d’affaires annuel dans la seule aire métropolitaine new-yorkaise, devançant localement Starbucks, pourtant leader national.
Pour Starbucks, originaire de Seattle, New York, première ville américaine par densité et l’un des marchés café les plus concurrentiels au monde, est plus que stratégique. La ville concentre à elle seule près de 4 % du parc mondial de l’enseigne. C’est d’ailleurs la seule métropole à accueillir deux très grandes unités Starbucks Reserve & Roastery : l’une à Chelsea, la seconde à proximité immédiate de l’Empire State Building.
Starbucks sort au troisième trimestre 2025 d’une période de fortes turbulences. Sur son exercice fiscal 2024-2025, le groupe affiche une baisse de 2 % de ses ventes mondiales à périmètre comparable, tandis que la fréquentation recule de 4 % sur le marché américain (source : Starbucks FY2025 Earnings Release). Aux États-Unis, le chiffre d’affaires comparable diminue même de 3 %, pénalisé par la baisse du trafic dans les grandes métropoles, dont New York, Chicago et Los Angeles. Arrivé en septembre 2024, le nouveau CEO Brian Niccol, débauché de Chipotle, a engagé un plan de transformation ambitieux : fermeture d’environ 100 points de vente jugés non stratégiques, simplification du menu, repositionnement prix et retour à l’innovation produit, avec notamment le développement de boissons chaudes moins sucrées et davantage premium. Un plan qui est le bienvenu tant Starbucks est attaqué à New York.
Un nouvel entrant, un nouveau concept, un nouveau format : l’italien Eataly bouscule tout
C’est dans ce contexte que le groupe italien Eataly a choisi la Big Apple pour tester son nouveau concept de format compact depuis le 15 mai 2025. Une première ouverture a vu le jour à proximité immédiate du mythique Rockefeller Center, suivie d’une deuxième implantation au sein du centre commercial The Shops at Hudson Yards, mais surtout d’un emplacement ultra stratégique : le quatrième étage du complexe The Edge, juste en face de la billetterie de l’observatoire culminant à 103 étages. Sur environ 500 m², le concept propose cafés, viennoiseries, pâtisseries et restauration légère avec une offre volontairement rationalisée : pizzas à la part, service rapide et forte orientation à emporter.
Les deux premières unités rencontrent un succès immédiat. Selon le groupe Eataly, les ventes dépassent de 30 à 40 % les prévisions initiales. Une troisième adresse a ouvert sur Lexington Avenue fin 2025. Ce format compact marque une évolution stratégique majeure pour Eataly, historiquement positionné sur de très grands flagships. Il doit permettre au groupe d’accélérer son développement urbain et aéroportuaire, avec des ouvertures programmées à JFK, Milan Linate et Roissy Charles-de-Gaulle (source : Eataly Group, 2025). Dans ces unités, on peut consommer sur place ou à emporter, presque à toute heure de la journée. Le concept assume également une montée en gamme esthétique, avec un parti pris design inédit pour le groupe italien.
Et si Luckin Coffee devenait la première enseigne chinoise à réussir sa percée aux États-Unis ?
Le paysage new-yorkais des coffee shops voit également l’arrivée du géant chinois Luckin Coffee. Fondée en 2017 à Pékin, l’enseigne compte plus de 26 000 points de vente dans le monde à l’été 2025, dont plus de 99 % en Chine (source : Luckin Coffee Annual Report 2025). En juillet 2025, Luckin fait une entrée discrète à Manhattan avec l’ouverture de deux premières unités. Son modèle tranche radicalement avec les standards américains : aucune commande en caisse, uniquement via le site ou l’application mobile, et des points de vente entièrement dédiés au click & collect. Luckin attaque frontalement Starbucks sur ses faiblesses structurelles : temps d’attente, files d’attente, complexité opérationnelle et prix élevés.
L’enseigne chinoise met en avant la qualité de ses grains, principalement sourcés en Amérique latine et certifiés Rainforest Alliance. L’application propose une première boisson avec une remise de 50 %, puis des prix en moyenne 20 à 30 % inférieurs à ceux de Starbucks à Manhattan, selon Bloomberg Intelligence (2025). Chaque boisson est associée à un QR code, avec créneau horaire précis de retrait. La personnalisation est poussée, jusqu’au réglage exact de la température.
Six mois seulement après sa première ouverture, Luckin déploie déjà neuf unités à Manhattan, principalement dans les quartiers stratégiques : Midtown, Financial District, SoHo et Greenwich Village.
Une offensive tous azimuts et les premières réponses de Starbucks
La bataille des coffee shops se joue désormais sur tous les terrains : emplacements, expérience client, design, fluidité, technologie, prix et performance opérationnelle. Elle oppose les deux géants américains historiques, le nouvel entrant chinois et le groupe italien Eataly.
Selon Euromonitor International, le marché américain du coffee shop a dépassé 58 milliards de dollars en 2025, dont près de 7 % concentrés dans l’aire métropolitaine new-yorkaise, faisant de la ville l’un des marchés café les plus rentables et les plus disputés au monde.
Face à cette pression concurrentielle, Starbucks teste à New York un nouveau concept magasin, déjà déployé sur trois unités, avec un design plus contemporain et surtout un changement opérationnel majeur : la suppression de la file unique au profit de plusieurs points de commande afin de fluidifier le trafic.
À New York, la bataille du café dépasse désormais la simple consommation. Elle oppose des visions du commerce, de la technologie et de l’expérience urbaine. Une guerre de la différenciation et de la préférence de marque dont les enseignements dépassent largement les frontières américaines. À suivre lors de la NRF en 2027…
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