OPA, résultats, Nature & Découvertes : Fnac Darty à un tournant stratégique
Entre l’OPA lancée par son premier actionnaire, des résultats 2025 qui confirment la solidité du groupe et la recherche d’un partenaire pour Nature & Découvertes, Fnac Darty ouvre une séquence clé. Au-delà du mouvement capitalistique, le distributeur clarifie ses priorités : accélération européenne, arbitrages de portefeuille et réaffirmation de l’ADN des marques.
L’annonce est tombée lundi 26 janvier au matin, avant l’ouverture des marchés. Dans un contexte de forte volatilité des valeurs de la distribution et de recomposition du retail européen, Fnac Darty ouvre ainsi une séquence stratégique majeure. EP Group, société contrôlée par l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky et déjà premier actionnaire de Fnac Darty, a transmis au conseil d’administration un projet d’offre publique d’achat au prix de 36 euros par action. Entre l’OPA portée par son premier actionnaire, la publication de résultats 2025 préliminaires non audités et la recherche d’un partenaire pour Nature & Découvertes, Fnac Darty ouvre une nouvelle séquence. Une actualité qui permet de lire plus clairement la trajectoire du groupe, ses leviers de croissance et les arbitrages engagés sur son périmètre d’activités.
Une OPA qui rebat les cartes de la gouvernance
EP Group détient déjà 28,5 % du capital et des droits de vote de Fnac Darty via sa filiale Vesa Equity Investment. Le groupe propose désormais de racheter la totalité des actions et OCEANEs (obligations convertibles ou échangeables en actions nouvelles ou existantes) en circulation. Le conseil d’administration s’est réuni dans la foulée et a « accueilli favorablement l’offre à l’unanimité », sans préjuger à ce stade de l’avis motivé qui sera rendu après expertise indépendante. « Nous nous réjouissons de la marque d’intérêt de la part de notre premier actionnaire, qui témoigne d’un soutien renouvelé à la stratégie de long terme de Fnac Darty », indique Enrique Martinez, directeur général du groupe. L’opération valorise le groupe autour de 1,1 milliard d’euros, dans un contexte où les valeurs de la distribution cotée restent sous pression. Contrairement à de nombreuses opérations comparables, EP Group n’a pas l’intention de procéder à un retrait obligatoire.
L’offre n’est soumise à aucun seuil de réussite autre que le seuil réglementaire de plus de 50 % du capital ou des droits de vote. « À partir de 50 %, l’actionnaire sera satisfait : il contrôlera la société dans le cadre d’une entreprise cotée, avec des actionnaires minoritaires, explique Enrique Martinez. Si l’ensemble des actionnaires souhaite vendre, il sera tenu d’acheter tout le monde. Ce n’est donc pas son choix, mais celui des actionnaires. » Cette configuration laisse ouverte l’hypothèse d’un Fnac Darty toujours coté, mais adossé à un actionnaire majoritaire stable.
Un calendrier encore largement conditionné
Le dépôt du projet d’offre auprès de l’Autorité des marchés financiers est attendu avant la fin du premier trimestre 2026. L’opération reste toutefois suspendue à plusieurs autorisations réglementaires, notamment : les contrôles des concentrations, les dispositifs relatifs aux subventions étrangères, ainsi que les validations françaises, européennes et suisses. « Il est difficile de donner aujourd’hui un calendrier précis, reconnaît le directeur général lors d’un point presse ce lundi 26 janvier. Sur ce type d’opération, un horizon d’environ six mois est souvent évoqué, mais nous n’avons pas de date définitive à partager. »
Pour la direction, cette offre s’inscrit dans une logique de continuité. EP Group est actionnaire de référence depuis 2023 et a déjà accompagné Fnac Darty dans une opération structurante : l’acquisition du groupe italien Unieuro, leader de l’électroménager. « Nous avons construit au fil des dernières années une relation de confiance, qui nous a notamment permis de réaliser ensemble l’acquisition d’Unieuro, rappelle Enrique Martinez. Cette offre s’inscrit à la fois dans la continuité du plan stratégique porté par le management et dans les intentions déclarées par l’actionnaire. » Une opération qui a profondément modifié le profil géographique du groupe.
Des résultats 2025 qui confirment la résilience du modèle
En parallèle de l’annonce capitalistique, Fnac Darty a publié ses résultats préliminaires 2025 non audités. Le chiffre d’affaires annuel est estimé à 10,33 milliards d’euros, en progression de 0,7 % à périmètre comparable. Dans un environnement de consommation dégradé, la performance française demeure contrastée. La croissance ressort à +0,5 % à périmètre comparable, pénalisée par un mois de décembre particulièrement difficile. « La consommation en France est restée en retrait, notamment sur le mois de décembre, même si la performance du groupe est légèrement meilleure que les données publiées par la Banque de France », souligne Enrique Martinez.
Les activités européennes hors France affichent une progression de 1,1 % à périmètre comparable.
À l’inverse, les activités européennes hors France affichent une progression de 1,1 % à périmètre comparable. L’Italie s’impose désormais comme un pilier majeur du groupe. Unieuro représente environ 25 % du chiffre d’affaires consolidé. « L’Italie enregistre une très belle dynamique, avec une progression marquée du résultat opérationnel, insiste le dirigeant. Elle conforte pleinement le potentiel de croissance future du groupe et son rôle de pilier stratégique. » Cette performance renforce l’empreinte européenne de Fnac Darty.
Le résultat opérationnel courant progresserait à 203,1 millions d’euros, tandis que la marge opérationnelle atteindrait 2 %, en légère amélioration malgré un environnement encore contraint en France et plusieurs effets comptables. Dans le détail, le résultat opérationnel recule en France mais progresse fortement dans le reste de l’Europe. Le cash-flow libre opérationnel est estimé à 145 millions d’euros, en ligne avec l’exercice précédent hors cessions d’actifs. Cette performance repose notamment sur une gestion rigoureuse du besoin en fonds de roulement, dans un contexte de distribution spécialisée toujours volatil.
Nature & Découvertes, symbole d’un recentrage stratégique
Autre annonce structurante : la décision de rechercher un partenaire pour Nature & Découvertes et donc de vendre l’enseigne, intégrée au groupe depuis 2017.Fragilisée par la crise sanitaire et la fermeture prolongée de nombreux magasins, l’enseigne a connu une rupture durable de son modèle. « Les équipes ont fourni un travail considérable ces deux dernières années, avec une refonte de l’offre et un repositionnement de la marque, souligne Enrique Martinez. Il existe des éléments permettant d’être optimistes, mais le groupe n’est probablement plus le meilleur actionnaire pour porter seul son développement futur. » Fnac Darty a ainsi acté le reclassement de l’activité en IFRS 5 et engagé un processus actif de recherche de partenaire, alors même que Nature & Découvertes poursuit sa transformation autour de son ADN de marque, de l’expérience client et de la cohérence des parcours, comme l’avait détaillé récemment sa direction.
Fnac Darty a ainsi acté le reclassement de l’activité en IFRS 5, marquant sa sortie du périmètre stratégique du groupe, et engagé un processus actif de recherche de partenaire. Le dirigeant insiste sur un point : « Il n’y a absolument aucun lien entre cette décision et le projet d’OPA. Il s’agit d’un travail engagé de longue date, totalement indépendant. »
Une stratégie confirmée à horizon 2030
Malgré cette actualité dense, la direction confirme le cap. « Nous sommes confiants dans notre capacité à mettre en œuvre la feuille de route du plan Beyond Everyday », affirme Enrique Martinez. Les objectifs à horizon 2030 sont maintenus. L’initiateur de l’offre s’est par ailleurs engagé à maintenir l’équipe de direction, conserver le siège social en France, poursuivre les orientations stratégiques actuelles et ne pas modifier la politique de dividende. Fnac Darty entre dans une phase déterminante de son développement, à un moment où le secteur du retail spécialisé poursuit sa concentration et sa transformation. La suite dépendra désormais du rapport de l’expert indépendant, de l’avis motivé du conseil d’administration, puis du choix des actionnaires. L’année 2026 s’ouvre comme un moment clé pour l’avenir capitalistique et européen du groupe.