Solutions et techno

L’œil du client, le programme de Monoprix pour chasser les ruptures

Par Clotilde Chenevoy | Le | Supply chain

Monoprix a installé des caméras dans ses rayons pour aider les équipes à mieux gérer les ruptures en magasin. Damien Pichot, directeur des opérations et des flux de marchandises, décortique ce projet au ROI attractif.

Monoprix prévoit d'équiper 100 magasins d’ici le 1er trimestre 2022 de caméras reliées à Captana. - © Monoprix
Monoprix prévoit d'équiper 100 magasins d’ici le 1er trimestre 2022 de caméras reliées à Captana. - © Monoprix

« La pandémie a fait exploser nos ventes en ligne mais paradoxalement, elle a aussi remis à l’honneur nos magasins qui deviennent des lieux de préparation des commandes. Ce qui a pour effet de relancer le sujet de la digitalisation des points de vente. » C’est le constat dressé par Damien Pichot, directeur des opérations et des flux de marchandises de Monoprix, qui intervenait dans le cadre du salon Tech For Retail.

L’enseigne a déjà réalisé de nombreux investissements pour apporter plus de digital dans son organisation afin d’améliorer sa performance. Elle a, par exemple, migré toutes les données des tickets de caisse dans le cloud avec Snowflake, adopté la RFID pour le textile ou encore installé des étiquettes électroniques SES-Imagotag dans ses rayons et parfois en PLV. « Le choix a été fait il y a quelques années d’investir quelques millions d’euros dans la digitalisation de nos magasins et c’est une démarche aujourd’hui payante », juge le directeur des opérations et des flux de marchandises de Monoprix.

Selon Iri, les enseignes ont perdu en 2021 à cause des ruptures 4,7 milliards d’euros sur les produits de grande consommation et le frais libre-service.

Monoprix ajoute des caméras en rayon pour suivre ses ruptures

Parmi les derniers projets initiés, le retailer vient de déployer une nouvelle solution, Captana de SES-Imagotag, qui aide à réduire les ruptures en magasin.« La permanence de l’offre est un sujet qui nous anime tous, explique Damien Pichot. Un produit manquant est l’irritant numéro 1. Monoprix est un supermarché avec l’assortiment d’un hypermarché. Nous devons avoir une grande rigueur pour tenir nos stocks en point de vente. » Or, si en entrepôt, la culture des stocks est réelle, en magasin, elle est moins forte. Faire relever tous les jours par les équipes les ruptures en rayon est chronophage et fastidieux. Avec un résultat pas forcément fiable. L’enjeu est pourtant clé d’un point de vue financier. Selon Iri, les enseignes ont perdu en 2021 à cause des ruptures 4,7 milliards d’euros sur les produits de grande consommation et le frais libre-service.

La démarche de Monoprix pour réduire les ruptures en rayon. - © Monoprix
La démarche de Monoprix pour réduire les ruptures en rayon. - © Monoprix

Pour s’attaquer à cette problématique, Monoprix a mené un test dans 5 magasins pilotes qui ont été équipés de la solution Captana de SES-Imagotag. Des caméras ont été disséminées dans les rayons, clipsées sur les rails à proximité des étiquettes électroniques alimentées en wifi. « Les pilotes ont été menés dans différentes tailles de magasins, de moyen à très gros, sur les rayons PGC et le frais libre-service, précise Damien Pichot. Il faut une centaine de caméras par point de vente pour suivre environ 1 million d’articles et entre 2 à 3 heures pour tout installer. »

Les usages développés avec la solution Captana. - © Monoprix
Les usages développés avec la solution Captana. - © Monoprix

Les dispositifs vont ensuite régulièrement dans la journée prendre des photos du rayon d’en face, dès lors qu’aucune personne n’est située dans le champ. L’analyse de l’image par de l’intelligence artificielle et la synchronisation avec les étiquettes vont permettre de mettre en évidence une potentielle rupture, une erreur de prix ou un produit mal placé. Des notifications et alertes sont alors envoyées aux équipes terrain pour corriger le tir. Captana n’est en effet pas un logiciel de décompte unitaire, et une intervention humaine est nécessaire pour vérifier, par exemple, que des articles ne sont pas encore présents au fond de la gondole. Les collaborateurs utilisent leur PDA Zebra pour interagir depuis sur la surface de vente avec la solution et un flash des étiquettes peut par exemple être demandé pour aider au contrôle ou à la mise en rayon.

Exemple d’un tableau de bord d’un responsable de magasin. - © Monoprix
Exemple d’un tableau de bord d’un responsable de magasin. - © Monoprix

Un payback inférieur à un an

L’ajout de caméra et le changement d’organisation dans la chasse à la rupture a nécessité de former les équipes et d’insister sur l’apport de la technologie. « Cela peut ressembler à du flicage mais c’est un outil que nous avons présenté en interne comme une aide pour gagner du temps dans le réassortiment et atteindre les objectifs de performance, commente Damien Pichot. D’ailleurs, nous avons gagné 1h30 de main d’œuvre dans le contrôle des ruptures avec une plus grande fiabilité. » Le système a permis par exemple de détecter les fausses ruptures, qui concerne environ 15 % des cas. Il s’agit des articles en fin de vie et les équipes peuvent faire évoluer le planogramme en logeant un autre article à la place de la référence qui n’existe plus. 

Parmi les autres gains générés, le retailer annonce 40 000 heures de travail optimisées ainsi qu’un gain sur la catégorie des PGC Libre-service d’un point de chiffre d’affaires et de deux points sur la disponibilité des articles. Au global, sur les 100 magasins équipés, les ruptures ont diminué entre 1,4 et 1,8 point « et nous ciblons d’atteindre 2 points in fine », précise Damien Pichot qui annonce un payback de la solution à moins d’un an. Le directeur n’a en revanche pas communiqué plus précisément sur les niveaux d’investissements.

Le NPS a été amélioré dans les magasins Monoprix équipés de la solution Captana. - © Monoprix
Le NPS a été amélioré dans les magasins Monoprix équipés de la solution Captana. - © Monoprix

Un outil aussi utilisé par le siège

La vision des rayons en images et en temps réel sert également les équipes du siège, notamment celles qui pilotent la supply chain. En effet, le magasin a toujours été le maillon faible dans la vision des stocks. Avec les données des caméras, Monoprix peut suivre plus finement les ruptures et identifier plus vite les top et les flops des ventes. Les équipes peuvent être plus proactives sur la gestion des réassortiments. 

Par ailleurs, si l’œil du client a été pensé pour améliorer le NPS et baisser les ruptures, le projet a aussi un aspect B to B. En effet, Monoprix a décidé de connecter Captana avec son outil de merchandising et de planogramme fourni par BlueYonder. « Nous sommes capables de vérifier la conformité de notre merchandising et de prouver à nos fournisseurs à un instant T que nos planogrammes sont respectés », se réjouit Damien Pichot. Un argument que les industriels apprécieront, eux qui dépensent des ressources non négligeables pour vérifier la présence de leurs produits.

L’organisation opérationnelle du programme « L’Oeil du Client ». - © Monoprix
L’organisation opérationnelle du programme « L’Oeil du Client ». - © Monoprix

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