Columbus Café change de recette pour capter les nouveaux moments de consommation
Nouvelle plateforme de marque, refonte de l’offre et accélération du retail : Columbus Café engage une transformation de son modèle. L’enseigne française entend capitaliser sur ses différents moments de consommation pour poursuivre son expansion et viser 500 coffee shops à horizon 2030.
Dans un marché du coffee shop toujours plus concurrentiel, Columbus Café ajuste sa stratégie. L’enseigne française, qui revendique 253 établissements en France et plus de 132 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, 14 millions de boissons vendues et 16 millions de commandes, revoit à la fois sa plateforme de marque, son offre produit et ses formats de développement. L’objectif est clair : mieux capter les nouveaux moments de consommation alors que les habitudes évoluent et que le déjeuner perd du terrain.
Le déjeuner recule, les autres moments progressent
Pour Columbus Café, l’année 2025 s’inscrit dans un contexte de marché particulièrement chahuté. Inflation persistante, tensions sur certaines matières premières et concurrence accrue pèsent sur l’ensemble du secteur. Dans cet environnement, l’enseigne revendique néanmoins des résultats en progression et un réseau qui continue de s’étendre. « Nous réalisons une année plutôt flat dans un marché assez mouvementé. Entre la fragmentation de la consommation, le pouvoir d’achat et les crises qui continuent d’impacter notre quotidien, il faut s’adapter », explique Frédéric Pastur, directeur général de Columbus Café. Mais au-delà du contexte économique, c’est surtout l’évolution des usages qui pousse l’enseigne à revoir son modèle. Le déjeuner, longtemps moteur de la restauration rapide, s’érode progressivement. « Le moment du midi est en net recul et on suit la tendance du marché de la restauration rapide. En revanche, le matin continue à croître en transactions et l’après-midi reste stable. Cela permet de rééquilibrer l’activité des shops », poursuit-il.
Aujourd’hui, la boisson représente environ 60 % du chiffre d’affaires de l’enseigne, contre 20 % pour le sucré et 20 % pour le salé. Les moments de consommation se répartissent différemment selon les sites, mais le matin pèse entre 22 % et 23 % de l’activité, le déjeuner autour de 30 % à 35 %, tandis que l’après-midi constitue souvent le pic de fréquentation. « Nous observons aussi une évolution du panier : les clients viennent de plus en plus pour une boisson gourmande plutôt que pour un café simple. C’est une transformation progressive qui se fait sur plusieurs années », note Frédéric Pastur.
Une nouvelle plateforme de marque pour incarner « le moment »
Pour accompagner cette évolution des usages, Columbus Café a décidé de revoir en profondeur sa plateforme de marque. L’enseigne adopte désormais une nouvelle signature : « C’est le moment », pensée pour incarner la pause dans la journée. Cette transformation a été menée avec l’agence SYD, spécialisée dans le positionnement de marque. Elle s’appuie sur un travail d’audit approfondi auprès des clients, des franchisés et des partenaires de l’enseigne. « Quand je suis arrivée et que j’ai commencé à travailler sur la marque, je me suis rendu compte qu’il se passait énormément de choses : trop de couleurs, trop de messages, trop de typographies. Il fallait remettre un peu d’ordre », raconte Émilie Genty, directrice marketing et communication de Columbus Café depuis septembre dernier. Les études menées auprès des consommateurs ont fait émerger une idée simple : Columbus n’est pas seulement perçu comme un coffee shop, mais comme un moment de pause. « Ce qui revenait le plus souvent, ce n’était pas le café ou le côté français. Les clients parlaient d’un moment : un moment pour soi, un moment à partager, un moment où l’on se pose », explique-t-elle. Cette notion fait écho à la promesse initiale formulée par le fondateur de la marque, Philippe Bloch. « La promesse de Columbus, depuis le départ, c’est de faire passer les quinze meilleures minutes de la journée. Le mot moment s’est imposé naturellement », poursuit Émilie Genty.
Sans révolutionner l’identité de l’enseigne, Columbus Café simplifie son logo et recentre son univers graphique autour de deux couleurs principales : un brun foncé évoquant le grain de café et un jaune baptisé « jaune muffin ».
La refonte de la marque s’accompagne également d’ajustements visuels. Sans révolutionner l’identité de l’enseigne, Columbus Café simplifie son logo et recentre son univers graphique autour de deux couleurs principales : un brun foncé évoquant le grain de café et un jaune baptisé « jaune muffin ». « Quand on regarde les gobelets dans le train, on reconnaît tout de suite certaines marques à leurs couleurs. Chez Columbus, on était plus difficilement identifiable parce qu’on avait trop de couleurs », souligne la directrice marketing.
Une communication qui mise davantage sur le produit
Pour accompagner ce repositionnement, Columbus Café ne prévoit pas de grande campagne de marque en 2026. L’enseigne préfère mettre l’accent sur ses produits. « Notre budget marketing n’est pas extensible. On a choisi de privilégier des activations produits plutôt qu’une grosse campagne de notoriété », indique Émilie Genty. Cette stratégie s’inscrit dans la continuité du travail mené ces dernières années pour renforcer la visibilité de la marque. « Sur les trois dernières années, la notoriété assistée est passée d’un peu moins de 50 % à 62 %. La notoriété spontanée est passée de 8 % à 12 %. On a gagné en visibilité, mais il faut continuer à travailler le produit », explique Frédéric Pastur.
Cette stratégie marketing s’appuie sur une transformation profonde de l’offre. Depuis plus d’un an, les équipes R&D, marketing, achats et opérations travaillent à revoir les recettes. « On a décidé de refondre toutes les gammes : boissons, sucré et salé. C’est un travail de fond mené avec tous les départements », explique Charlotte Calvet, directrice R&D de l’enseigne. L’enseigne a notamment lancé 28 nouvelles boissons, destinées à répondre aux évolutions du marché et aux attentes des consommateurs. « On voulait affirmer notre savoir-faire barista tout en développant des boissons gourmandes et des alternatives au café », précise Charlotte Calvet. La nouvelle carte comprend ainsi des milkshakes signatures, des élixirs chauds et froids, des thés glacés ou encore des boissons alternatives comme le golden latte, le chicorée latte ou l’ube latte. « Les consommateurs cherchent de plus en plus d’alternatives au café traditionnel. C’est une tendance forte du marché », ajoute-t-elle.
Le muffin, produit emblématique revisité
Columbus Café s’attaque également à son produit iconique : le muffin. L’enseigne en vend chaque année plus de 1,8 million, préparés chaque jour sur place par les baristas. « J’ai eu l’audace de m’attaquer à notre produit iconique pour le rendre encore plus gourmand », sourit Charlotte Calvet. La marque lance une nouvelle gamme baptisée « double gourmandise », associant un fourrage et un topping. Mais l’innovation principale réside dans la technique de fabrication. « Avant, on fourrait les muffins avant cuisson. Maintenant, on les fourre après cuisson. Cela permet de conserver toute la gourmandise et d’éviter que le fourrage soit dénaturé par la chaleur », détaille-t-elle. Cette évolution s’inscrit dans une restructuration plus large de l’offre sucrée, qui compte désormais trois grandes gammes de muffins.
Le salé n’est pas en reste. L’enseigne teste actuellement de nouvelles recettes dans plusieurs points de vente pilotes. « On a voulu travailler une offre plus gourmande, plus visuelle et plus en phase avec les tendances », explique Charlotte Calvet. La nouvelle carte s’inspire notamment de plusieurs tendances : recettes spicy, inspirations régressives ou encore portions plus généreuses. « On a aussi renforcé l’offre végétarienne. Elle existait déjà, mais elle était trop limitée. L’objectif est de répondre à une clientèle plus large », précise-t-elle.
L’enseigne teste actuellement de nouvelles recettes salées dans plusieurs points de vente pilotes.
Des collaborations inédites pour dynamiser l’offre
Pour renforcer l’attractivité de son offre et renouveler régulièrement ses gammes, Columbus Café prévoit également de s’appuyer sur des collaborations inédites, notamment avec des chefs et des marques partenaires. « Nous allons lancer plusieurs collaborations, notamment avec des marques iconiques françaises et avec des chefs. L’idée est de créer des produits qui incarnent vraiment notre univers gourmand », explique Charlotte Calvet, responsable R&D. La première collaboration avec une marque devrait voir le jour dès le mois de mai, tandis qu’un partenariat avec un chef est attendu pour l’automne. Une démarche nouvelle pour l’enseigne, qui entend ainsi enrichir son offre et créer des temps forts d’animation commerciale.
« Les collaborations avec des chefs, c’est une première pour nous. Pour les collaborations de marques, c’est aussi assez nouveau. On a cherché des partenaires avec lesquels on partage une vraie affinité produit et une envie de travailler ensemble », précise Émilie Genty, directrice marketing et communication de Wagram Food Service. Au-delà de l’agroalimentaire, Columbus n’exclut pas d’explorer à terme d’autres univers, y compris celui de la mode ou du lifestyle, afin de créer des collaborations plus inattendues. « On a quelques pistes dans le pipe. Certaines collaborations demandent du temps parce qu’il y a un vrai développement industriel derrière. Une boisson peut se lancer rapidement, mais pour d’autres produits cela peut prendre plusieurs mois », souligne Émilie Genty. Ces initiatives s’inscrivent dans une stratégie plus large d’animation de la carte, avec des lancements réguliers de produits et des éditions limitées destinées à créer du trafic en magasin.
Un développement qui dépasse le coffee shop classique
Parallèlement à cette transformation de l’offre et de la marque, Columbus Café poursuit son développement. L’enseigne a ouvert 25 nouvelles adresses en 2025, portant son réseau à 253 coffee shops en France et environ 280 dans le monde. Le réseau repose à 95 % sur la franchise, avec 121 franchisés indépendants et plus de 2 000 baristas. « Notre modèle fonctionne bien en franchise. La moitié de nos franchisés ont déjà plusieurs shops et nous allons accompagner ceux qui n’en ont qu’un à en ouvrir un deuxième ou un troisième », explique Frédéric Pastur.
L’enseigne développe également des formats d’implantation variés : centres-villes, centres commerciaux, zones de flux, entreprises ou encore shop-in-shop dans des enseignes partenaires comme Decathlon ou Leroy Merlin.« Le modèle se duplique assez facilement dans différents endroits. On peut être en centre-ville, dans un magasin de bricolage ou dans un aéroport », souligne le dirigeant. L’objectif affiché est d’atteindre 500 coffee shops d’ici 2030 et de renforcer la présence de l’enseigne dans le travel retail et à l’international.
Columbus accélère également sa stratégie omnicanale, avec une présence croissante en grande distribution. L’enseigne revendique désormais 22 millions d’euros de chiffre d’affaires retail, avec plus de 60 références commercialisées et 12 partenaires distributeurs. La gamme comprend notamment cafés en capsules ou en grains, boissons chocolatées, milkshakes, pâtes à tartiner, préparations pour muffins ou cookies, ainsi que des boissons prêtes à boire. « Le kombucha est arrivé en rayon en 2025 et d’autres innovations arrivent, notamment des desserts glacés prévus pour l’été », indique Frédéric Pastur. Pour l’enseigne, cette diversification constitue un levier de visibilité et de croissance. « On voit que la marque commence à être identifiée dans les rayons et qu’elle peut exister dans plusieurs univers de produits », estime le dirigeant.
Malgré ces projets, Columbus reste prudent pour l’année à venir. « On a construit un budget plutôt flat. Si on fait une année comparable à 2025, ce sera déjà une première marche atteinte », conclut Frédéric Pastur. Entre repositionnement de marque, innovation produit et diversification des formats, l’enseigne française espère ainsi continuer à se faire une place dans un marché du coffee shop où les acteurs sont de plus en plus nombreux.