Leroy Merlin : l’électrique change d’échelle dans sa stratégie transport
La montée en puissance de l’électrique dans la flotte de Leroy Merlin marque un tournant structurant. Derrière l’enjeu environnemental, l’enseigne repense en profondeur son organisation transport, son pilotage des flux et son modèle opérationnel, avec des implications directes pour la performance globale du retailer.
Nicolas Davril est le directeur Transport Plateforme France de Leroy Merlin depuis 2016. Il est à la manœuvre d’un important chantier de décarbonation des transports : électrification de la flotte, optimisation des chargements etc. Figurant parmi les premières entreprises labellisées Fret21, Leroy Merlin a déjà fait baisser de 72 %, en 9 ans, ses émissions de CO2. Et la marche en avant se poursuit avec le déploiement, cette année, de plusieurs dizaines de nouveaux camions électriques.
Leroy Merlin affiche des ambitions fortes en matière de décarbonation de ses activités. En ce qui concerne la logistique, et plus spécifiquement les transports, quelle est la stratégie ?
Pour comprendre notre stratégie, il faut revenir à sa genèse. Depuis 2017, notre direction transports s’appuie sur un plan RSE qui constitue l’un des trois piliers de notre organisation. Les deux autres étant la performance de la qualité de service et la performance économique. Chaque décision est prise en recherchant un équilibre entre qualité, coût et RSE.
Concrètement, quels résultats concrets avez-vous d’ores et déjà obtenus depuis 2017 ?
Ils sont importants. A ce jour, nous avons réduit nos émissions de CO₂ de 72 % par rapport à 2017. Désormais, 91 % exactement de nos kilomètres sont réalisés avec des énergies alternatives au gazole.
Comment êtes-vous parvenus à une telle baisse en moins de dix ans ?
Nous nous sommes appuyés sur quatre grands axes d’action, issus de la démarche FRET21 dans laquelle nous nous sommes engagés rapidement. Nous avons mené trois cycles complets et à l’issue du dernier, nous avons été labellisés en 2022. Nous faisons ainsi partie des huit premières entreprises à avoir obtenu cette labellisation.
Le premier axe de travail concerne le choix des transporteurs. Nous ne travaillons qu’avec des partenaires engagés dans une démarche RSE. C’est un critère discriminant dans nos appels d’offres : sans engagement ou sans démarche en cours, ils ne peuvent pas répondre. Aujourd’hui, 95 % de nos transporteurs sont engagés.
Le deuxième axe porte sur les énergies alternatives. Lors de notre dernier appel d’offres fin 2024, nous avons demandé aux transporteurs de tendre vers 100 % d’énergies alternatives. Ils sont libres de choisir l’énergie mais doivent s’approcher au maximum de cet objectif.
Vous avez également revu le maillage de vos entrepôts…
Il s’agit du troisième axe de travail effectivement. Nous avons développé un réseau d’entrepôts régionaux pour réduire les distances parcourues. Entre 2017 et aujourd’hui, nous sommes passés de quatre à neuf entrepôts régionaux desservant les magasins situés dans un périmètre de 120 kilomètres environ. A ces entrepôts régionaux s’ajoutent trois entrepôts nationaux dédiés aux flux à faible rotation. Cette réorganisation, qui s’est achevée en 2022, nous a permis de réduire de sept millions le nombre de kilomètres parcourus par an.
Et quel est le quatrième axe de votre stratégie de décarbonation ?
Le remplissage des camions. Même avec des transporteurs engagés et des énergies propres, un camion mal rempli reste un problème. Sur les trois dernières années, nous avons augmenté le taux de remplissage de 10 %, ce qui représente environ 10 000 camions en moins sur les routes. Cette année, nous visons encore une amélioration de 5 %.
Quels sont vos leviers sur ce sujet du remplissage des camions ?
Cela passe notamment par l’optimisation des gestes métier, la préparation des quais et l’achat de nouveaux supports permettant de mieux gerber les supports plastiques. Une nouvelle commande de ces équipements va être lancée, ce qui nous permettra de franchir un nouveau palier d’optimisation.
91 % de vos kilomètres sont réalisés aujourd’hui avec des énergies alternatives au gazole mais l’électrique représente seulement 1 % de ces kilomètres. Quelle est l’ambition pour demain ?
Effectivement, aujourd’hui notre mix se compose d’environ 20 % de rail-route, 23 % de colza, 14 % de biométhane, un peu plus de 30 % de XTL (huiles recyclées) et 1 % d’électrique. À terme, notre objectif est d’avoir un mix équilibré, autour de 20 % pour chaque énergie, y compris l’électrique. Cela nous permettra de limiter notre exposition aux tensions géopolitiques ou tarifaires, comme c’est le cas actuellement sur le XTL par exemple. Si une énergie devient plus chère ou plus rare, l’impact restera ainsi limité à environ 20 % de notre activité.
Nous allons donc monter significativement en puissance sur l’électrique. Dès 2027, 10 % de nos kilomètres seront réalisés en électrique, soit environ huit millions de kilomètres. En 2030-2031, nous atteindrons notre objectif de 20 %.
Comment opérez-vous cette montée en puissance ?
Nous avons commandé une première vague de 86 camions électriques, qui ont commencé à arriver depuis l’été dernier et qui seront tous opérationnels d’ici le mois de mai prochain. Environ une trentaine sont déjà en circulation. Nous allons resigner cette année pour une cinquantaine de nouveaux camions.
Quand vous dites que vous avez commandé des camions… Leroy Merlin ou vos transporteurs prestataires ?
Nous travaillons avec 150 transporteurs qui se partagent, sur l’Europe, le transport amont et aval. Environ une quinzaine de transporteurs se sont déjà engagés avec nous sur l’électrique : Blondel, XPO, Perrenot, Lahaye, Breger etc. Ces camions sont bien achetés et financés par nos transporteurs mais nous avons mis en place des conditions facilitantes pour permettre cette transition.
C’est-à-dire ?
Nous avons négocié un accord cadre avec Daimler-Mercedes, permettant à nos transporteurs de bénéficier de conditions tarifaires très avantageuses : remise à l’achat, garantie de reprise au bout de cinq ans, conditions d’entretien attractives. Grâce à cela, le TCO de l’électrique devient comparable, voire inférieur, à celui du diesel pour nos prestataires. Et nous nous sommes engagés sur cinq ans avec ces prestataires.
L’infrastructure de recharge est également un point clé pour faciliter cette transition de nos transporteurs. Nous installons actuellement 135 bornes de recharge poids lourds de 300 kW sur l’ensemble de nos entrepôts, en partenariat avec Izivia (EDF). Cela représente un investissement de plus de cinq millions d’euros, avec environ 40 % d’aides publiques via le dispositif Advenir. Nos transporteurs pourront ainsi venir se charger sur nos bornes, avec un prix de l’électricité attractif.
Ces bornes seront-elles accessibles uniquement à vos transporteurs ?
Ce seront des stations semi-publiques en réalité. Elles pourront être utilisées par nos transporteurs donc mais aussi par d’autres transporteurs autorisés. L’objectif est de favoriser le développement de l’électrique sur l’ensemble du territoire, tout en garantissant la priorité à nos partenaires.
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