Stratégie retail

Passeport numérique produit : pourquoi les retailers doivent se préparer dès aujourd’hui

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Le Passeport Numérique des Produits entre dans une phase concrète. Avec un registre européen attendu dès juillet 2026 et les premières obligations dès 2027, les marques et les retailers doivent dès aujourd’hui structurer leurs données produit. Un chantier réglementaire qui peut aussi devenir un levier de performance et d’efficacité opérationnelle.

Digital Product Passport : le vrai défi n’est pas le QR code mais la donnée. - © D.R.
Digital Product Passport : le vrai défi n’est pas le QR code mais la donnée. - © D.R.

Le Digital Product Passport (DPP) a longtemps été présenté comme une échéance lointaine. Ce n’est plus le cas. Le registre central européen doit être opérationnel dès l’été 2026, le passeport batterie devient la première obligation pleinement contraignante début 2027, et les textiles, le mobilier ou les matelas suivront. Pour les marques et les retailers, ce qui compte se décide dès maintenant : leur capacité à structurer les données produit sur lesquelles reposera chaque passeport, bien avant la date d’application propre à chaque catégorie.

Le DPP entre dans sa phase concrète

Depuis l’adoption du règlement ESPR (Ecodesign for Sustainable Products Regulation), le Passeport Numérique des Produits en constitue la colonne vertébrale numérique. Le plan de travail ESPR 2025-2030, adopté en avril 2025, fixe l’ordre de marche : il définit les catégories prioritaires et le calendrier des actes délégués qui préciseront, secteur par secteur, les données à publier pour chaque produit. Les premières échéances sont proches. Le registre central européen du DPP, mis en place par la Commission européenne, doit être opérationnel au plus tard le 19 juillet 2026, échéance fixée par le règlement ESPR. Ce registre ne contient pas les passeports eux-mêmes : il sert d’annuaire officiel reliant chaque produit à l’adresse où ses données de conformité sont hébergées, et permet aux douanes comme aux autorités de surveillance du marché de vérifier qu’un produit dispose d’un passeport valide.

Le passeport batterie, première obligation pleinement contraignante au titre du règlement Batteries, s’applique à partir de février 2027 et donne le ton pour tout le dispositif. Viennent ensuite les textiles, le mobilier, les matelas, les pneumatiques et certains métaux comme l’acier et l’aluminium, dont les actes délégués s’échelonneront jusqu’en 2030. Pour les textiles, l’acte délégué est attendu à l’horizon 2027-2028, suivi d’une période de transition d’environ dix-huit mois avant l’application effective. Le mouvement dépasse le seul ESPR. Le règlement sur la sécurité des jouets (UE) 2025/2509, adopté fin 2025, remplace la déclaration de conformité par un passeport numérique (applicable à partir de 2030), et l’ESPR encadre par ailleurs la destruction des invendus textiles. Le périmètre s’élargit vite, autour d’une même logique : associer à chaque produit un enregistrement numérique structuré et vérifiable.

Derrière le QR code, un enjeu de données

Réduit à sa partie visible, le DPP se résume à un identifiant et à un support de données, le plus souvent un QR code, apposé sur le produit. L’essentiel se joue en amont, dans les informations que ce passeport doit rendre accessibles : matériaux, composition, origine et chaîne d’approvisionnement, réparabilité, contenu chimique, durabilité, circularité. Autant de données qui doivent être fiables, structurées au niveau de chaque référence, tenues à jour et vérifiables. Or, pour la plupart des marques et des retailers, ces données sont aujourd’hui dispersées entre PIM, PLM, fichiers Excel et emails fournisseurs. Cette fragmentation rend déjà laborieuse la production de la documentation exigée par le GPSR ou REACH. Générer un passeport numérique suppose une donnée produit organisée, fiable et maîtrisée en continu.

Konges Sløjd, marque danoise de mode et lifestyle premium pour enfants, fondée en 2014 à Copenhague, connaît bien cette réalité. Le modèle est hybride : vente à travers plus de 1400 points de vente dans environ 90 pays, complétée par son propre e-commerce et une boutique phare à Copenhague. Cette enseigne, spécialisée dans les vêtements, jouets et meubles pour enfants, présente chaque année près de 2 000 lignes de produits réparties sur cinq collections saisonnières, vendues dans le monde entier, couvrant 27 langues, avec un cycle de développement d’environ dix-huit mois par produit. Pour des articles destinés aux enfants, chaque référence s’accompagne d’un volume considérable de données : certificats d’origine, rapports de tests, informations d’étiquetage. C’est exactement cette matière, dispersée et exigeante, qu’un passeport numérique devra demain rendre accessible et vérifiable.

Se préparer au DPP, un investissement qui sert déjà

Pour les équipes qualité et conformité, l’effort paie tout de suite : structurer ses données produit allège les contraintes du quotidien, en plus de préparer l’échéance de 2028. Cartographie réglementaire faite à la main, dossiers et déclarations assemblés manuellement marché après marché, relances incessantes auprès des fournisseurs, traductions d’étiquettes gérées dans des tableurs : ces tâches reposent toutes sur la même matière première, une donnée produit propre et centralisée.

Chez Konges Sløjd, le bénéfice est déjà concret. Neuf mois après le déploiement de Complir, l’entreprise a commencé par le module de traduction des textes d’emballage, longtemps confié à des agences externes et vérifié manuellement. En une seule saison, sa couverture est passée de 17 à 27 langues. « Rien que sur ce point, nous avons déjà réalisé des économies significatives, en temps comme en argent, car les textes n’ont plus à faire des allers-retours hors de l’entreprise. Et nous sommes passés de 17 à 27 langues en une seule saison : c’était impressionnant de voir à quelle vitesse nous pouvions soudain travailler », témoigne une spécialiste conformité senior de Konges Sløjd. Les entreprises qui prennent de l’avance abordent le DPP comme le prolongement naturel d’une conformité produit déjà mise en ordre. Structurer la donnée produit constitue, le plus souvent, la première étape : un gain immédiat qui prépare en même temps l’échéance suivante.

L’IA, pour structurer la donnée et préparer le DPP

Une nouvelle génération de plateformes s’appuie sur l’IA pour absorber cette charge. Elles ingèrent les données dispersées, classent automatiquement les produits, identifient les réglementations et les normes applicables, surveillent les évolutions réglementaires et structurent la documentation marché par marché. C’est l’approche de Complir, plateforme IA dédiée à la conformité produit. Complir suit le parcours d’un produit depuis sa création jusqu’à sa mise sur le marché : ingestion des données et documents depuis les PIM, PLM, tableurs et portails fournisseurs ; classification assistée par IA et identification des réglementations applicables, et une veille réglementaire continue ; génération de la documentation à partir de données structurées ; stockage documentaire intelligent.

Chez Konges Sløjd, l’ambition est désormais que Complir devienne le système central où l’ensemble des données de conformité est stocké, puis mis à disposition des équipes et diffusé dans toute l’architecture informatique. « L’objectif, c’est que tout le travail de conformité commence et se termine dans Complir », résume la même spécialiste. Ce socle de données centralisé correspond précisément à ce que le Passeport Numérique des Produits exigera : l’enregistrement produit organisé qu’impose un passeport devient alors le sous-produit naturel d’une conformité bien gérée. « L’IA n’est pas une démarche de réduction des coûts où des machines remplaceraient des personnes. Tout l’intérêt est de libérer du temps pour l’investir dans la qualité et la sécurité des produits, des domaines qui exigent des esprits humains affûtés », souligne le COO de Konges Sløjd.

L’effet le plus important se mesure sur la durée. Les marques et les retailers qui organisent aujourd’hui leurs données produit et automatisent leur conformité bâtissent l’infrastructure dont ils auront besoin pour répondre aux exigences du Passeport Numérique des Produits. Ils transforment, au passage, la conformité d’un frein en accélérateur de croissance.

A propos de Complir :

Complir est une plateforme IA pour la conformité produit pensée pour les marques, retailers et fabricants. Complir automatise la cartographie réglementaire, la génération et vérification des documentations, la veille réglementaire et la gestion des changements à l’échelle du catalogue, pour que les lancements produits ne soient plus jamais bloqués par la conformité et faciliter l’accès au marché global.

Fondée fin 2024 et incubée chez Flying Tiger Copenhagen, Complir a été sélectionnée par Y Combinator (promotion spring 2026). Ses clients incluent entre autre Flying Tiger Copenhagen (1000+ magasins, 44 pays), Matas (top 2 e-commerce Danemark) et Konges Slojd (1400 magasins, 90 pays)

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