Eden Park transforme l’essai omnicanal
Bastien Borget, directeur e-commerce d’Eden Park, nous détaillera lors de Connect Lille (30 juin et 1er juillet), comment la marque a refondu son infrastructure pour enfin unifier ses canaux et doper sa performance.
Enfin sans couture. Eden Park vient de refondre toute son infrastructure et d’unifier ses boutiques physiques et son site sur une plateforme commune. Une transformation qui marque un nouveau jalon dans le développement de la marque, et qui vient au passage de lancer son premier programme de fidélité en quarante ans.
Eden Park, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 80 à 90 millions d’euros, a plutôt misé jusqu’ici sur le wholesale que le retail. La marque possède ainsi 30 boutiques en nom propre, une trentaine de franchises, 280 points de vente multimarques en France dont une soixantaine de grands magasins et une présence dans 35 pays. Le digital représente 20 % du chiffre d’affaires consolidé, avec des expéditions dans 180 pays.
Mais derrière ces chiffres, un problème structurel persistait. « Nous étions très peu omnicanal et très peu digitalisés », admet Bastien Borget, directeur e-commerce d’Eden Park. E-commerce et boutiques physiques ne communiquaient pas entre eux — ni sur la donnée client, ni sur les produits, ni sur les stocks.
Un premier essai peu concluant
Il y a trois à quatre ans, Eden Park avait déjà amorcé un vaste chantier de transformation : nouvel ERP, nouvelle caisse, mais la technologie choisit alors n’a pas convaincu. Et surtout, web et magasin ne communiquaient pas. C’est ce déséquilibre qui ouvre la voie à une approche peu commune. Plutôt que de partir du physique pour l’étendre au digital, Eden Park fait le chemin inverse en déployant sa plateforme e-commerce, Shopify, vers le magasin.
Le principe est validé d’abord sur quatre grands magasins pilotes, déployés en test il y a environ deux ans. Les résultats sont concluants. En avril 2025, la décision est prise de généraliser. Le projet s’étale sur un an au total, mais le travail intense se concentre sur sept mois, de septembre à avril.
L’équipe IT d’Eden Park ne gère pas le déploiement de l’outil : c’est Bastien Borget et son équipe commerce qui s’en chargent, incluant la configuration, la mise en place, la formation des équipes terrain. L’IT se concentre sur un périmètre précis : la connexion API entre Shopify et l’ERP existant, pour faire descendre les commandes, les stocks et les flux. « Si c’était à refaire, je ne pense pas qu’un intégrateur soit indispensable. Mais il faut une DSI qui sait communiquer en API et gérer ce type de connexions », estime le directeur e-commerce.
L’investissement total reste contenu : environ 50 000 euros en matériel, 100 000 euros de coût humain interne. À quoi s’ajoute la commission Shopify à l’usage, actuellement à 0,25 % du GMV plus environ 10 euros par transaction.
Un référentiel client unique créé
La refonte de l’infrastructure a permis des gains immédiats, avec la création d’un référentiel client unique, d’une donnée unifiée en temps réel et d’une visibilité sur le stock dans chaque boutique. Les prix et références sont identiques sur tous les canaux. « C’est un vrai changement pour le pilotage au quotidien », certifie Bastien Borget.
Vingt jours après le lancement en boutique de la nouvelle infrastructure IT, le 10 avril, la marque en profite pour franchir une étape attendue depuis longtemps : le lancement de son premier programme de fidélité, le 1er mai. Le programme, gratuit, fonctionne sur un principe simple : opt-in par e-mail ou numéro de téléphone, achat validé, et le client entre dans le système. Quatre paliers de points débloquent des avantages progressifs comme les retouches gratuites ou encore les livraisons offertes.
Un boom sur les ventes et un pilotage plus fin des démarques
Côté résultats, deux mois après le lancement, les premiers signaux sont positifs. En mai, alors que la période a été difficile pour l’ensemble du secteur textile, le réseau physique affiche une croissance d’environ +10 %. « Cela faisait longtemps que nous n’avions pas eu une croissance aussi importante en retail », s’enthousiasme Bastien Borget.
L’unification de la donnée change aussi la manière de piloter les soldes : plutôt qu’une remise globale par catégorie, Eden Park peut désormais solder produit par produit selon le taux d’écoulement réel. Un levier direct sur la rentabilité. Les données sont également accessibles aux responsables de boutiques via un outil de BI qui leur permet de suivre en temps réel ventes, stock, taux d’écoulement et performance vendeur jusqu’au niveau de la taille et de la couleur.
Store-to-web, web-to-store, ship-from-store : de nouveaux champs des possibles
Maintenant que la plateforme est posée. La prochaine étape, consiste à activer de nouvelles briques omnicanales : le store-to-web, le web-to-store et le ship-from-store. « Ce dernier service reste la brique la plus complexe et nécessitera un OMS pour éviter une explosion des coûts logistiques, juge Bastien Borget. Si on envoie depuis Pau, Lyon et Paris pour une même commande, c’est trois livraisons. Il faudra des règles de priorité pour trouver le bon équilibre. »
En parallèle, le réseau de franchisés doit progressivement rejoindre la plateforme. L’objectif est d’intégrer les 35 franchises d’ici mi-2027. La question de la rétribution financière entre franchisés reste à trancher. Sur la distribution, la direction est claire Historiquement née sur les terrains de rugby avec du wholesale, Eden Park construit désormais sa croissance sur le terrain de l’omnicanal et compte améliorer sa distribution notamment en propre.