Groupe Eram : comment le groupe modernise le paiement de ses 10 enseignes
Avec dix enseignes, 770 magasins et 11 sites e-commerce, le groupe Eram a lancé un vaste chantier de modernisation du paiement. Derrière ce projet, un objectif : unifier les flux, fluidifier les parcours omnicanaux et disposer d’une infrastructure capable d’accompagner les innovations à venir.
Présenté lors de l’événement Cegid Connections Retail 2026 à Prague, les 9 et 10 juin, le retour d’expérience du groupe Eram illustre les défis auxquels sont confrontés les grands acteurs du commerce lorsqu’il s’agit de moderniser leurs infrastructures de paiement. Depuis l’été 2025, le groupe a engagé un vaste chantier visant à simplifier son écosystème, harmoniser ses flux et préparer les futurs usages omnicanaux. Avec dix enseignes dont Gémo, Eram, Bocage, Mellow Yellow, TBS, Montlimart et Sessile, 770 magasins, 11 sites e-commerce et « un chiffre d’affaires de près d’un milliard d’euros », le groupe Eram fait face à une réalité partagée par de nombreux retailers : des systèmes construits progressivement au fil des années, des canaux de vente qui se multiplient et des exigences croissantes en matière de fluidité des parcours clients. « Nous avions déjà plusieurs prestataires de services de paiement et nous avons souhaité rationaliser l’ensemble en n’en conservant qu’un seul », explique Yannick Le Bouquin, responsable du système d’information retail omnicanal du groupe Eram.
Un écosystème devenu complexe
Le groupe s’appuyait historiquement sur un prestataire de paiement principalement dédié aux magasins depuis plus de dix ans. Avec l’accélération de l’e-commerce et le développement des parcours omnicanaux, cet acteur a progressivement été déployé sur les différentes plateformes digitales du groupe. « Lors des refontes de nos plateformes e-commerce entre 2020 et 2022, nous avons choisi d’utiliser ce PSP également sur nos sites web parce que nous commencions à avoir des cas d’usage omnicanaux », explique Yannick Le Bouquin. Au fil du temps, la multiplication des outils et des besoins a rendu l’environnement plus difficile à piloter. Différents systèmes de caisse, plusieurs plateformes e-commerce, des dispositifs spécifiques selon les enseignes et plusieurs prestataires de paiement coexistaient au sein du groupe. Face à cette situation, Eram a décidé d’engager une réflexion globale autour de son infrastructure de paiement.
L’enjeu ne se limitait pas à l’encaissement. Le groupe souhaitait également simplifier les traitements comptables et mieux exploiter les données générées par les transactions. « Nous avions des remontées comptables qui n’étaient pas forcément fiables à 100 %. Nos équipes comptables et comptabilité IT réalisaient régulièrement des retraitements manuels. » L’objectif est désormais de disposer d’une vision unifiée des flux issus des différents canaux. « Cette donnée paiement est très intéressante pour les équipes digitales, les équipes d’excellence opérationnelle magasin ou encore les services clients. » Le projet doit ainsi permettre de centraliser les transactions provenant des magasins, des sites e-commerce et des dispositifs de mobilité au sein d’un même environnement. Cette logique de consolidation devait toutefois tenir compte de l’organisation du groupe. Chaque enseigne conserve ainsi son propre périmètre de gestion, ses utilisateurs et ses droits d’accès, tout en bénéficiant d’une gouvernance harmonisée à l’échelle du groupe.
Un chantier mené en plusieurs étapes
Le groupe a officialisé son choix technologique en juillet 2025 avec Payplug. Deux mois plus tard, un premier site e-commerce était déjà mis en production. « La première mise en œuvre a été assez rapide », souligne Yannick Le Bouquin. Depuis, le déploiement se poursuit progressivement à travers les différentes enseignes du groupe. Plus de la moitié des sites e-commerce ont désormais été migrés. Gémo.fr, le plus important site marchand du groupe, a notamment été mis en production récemment. Le déploiement est réalisé par étapes, avec l’ajout progressif des différents moyens de paiement. Après la carte bancaire, le groupe a intégré Apple Pay avant de déployer plus récemment la gestion des cartes cadeaux. Cette transformation mobilise un dispositif projet conséquent. Aux côtés d’une direction de projet dédiée, le groupe a réuni des spécialistes de la comptabilité, de la sécurité, du juridique et des systèmes d’information afin de traiter les nombreuses spécificités de son écosystème.
La complexité du projet tient notamment à la diversité des outils utilisés par les enseignes. Le groupe s’appuie aujourd’hui sur deux systèmes d’encaissement et trois plateformes e-commerce différentes, nécessitant la mise en œuvre et la maintenance de nombreux connecteurs. Le chantier concerne également les magasins. À terme, 1 770 terminaux de paiement doivent être remplacés dans l’ensemble du réseau. Une opération qui s’inscrit dans un programme global de modernisation des parcours d’encaissement. « C’est un projet qui s’étale sur environ un an et demi », rappelle Yannick Le Bouquin. Certaines fonctionnalités étaient déjà disponibles au lancement du programme. D’autres font encore l’objet de développements spécifiques afin de répondre aux besoins particuliers des différentes enseignes du groupe. Une approche de co-construction qui permet d’adapter progressivement la solution aux cas d’usage rencontrés sur le terrain.
Faire de la mobilité un véritable outil d’encaissement
L’un des volets les plus visibles de cette transformation concerne les vendeurs en magasin. Certaines enseignes du groupe utilisent déjà des terminaux mobiles pour accompagner les clients tout au long du parcours d’achat. Le nouvel environnement doit désormais permettre d’intégrer directement le paiement dans ces équipements. Concrètement, le vendeur peut réaliser une commande depuis son terminal mobile puis encaisser immédiatement le client sans avoir besoin d’utiliser un terminal de paiement distinct. « Auparavant, nous avions des smartphones associés à des terminaux de paiement. Ce n’était pas du tout pratique et cela fonctionnait difficilement. »
Cette technologie, souvent appelée SoftPOS, transforme un PDA en outil d’encaissement grâce au paiement sans contact. Pour le groupe, l’objectif est double : simplifier l’équipement des équipes et fluidifier l’expérience d’achat. « Ils n’ont plus qu’un seul appareil sur eux, beaucoup plus unifié, beaucoup plus stable et beaucoup plus fiable par rapport à ce qu’ils avaient auparavant. » Au-delà du confort d’utilisation, cette évolution permet également de réduire le nombre d’équipements déployés en magasin et de simplifier leur maintenance.
Si le projet vise d’abord à rationaliser l’existant, il doit aussi préparer les prochaines évolutions du commerce. Nouveaux moyens de paiement, open banking, encaissement mobile ou encore usages émergents liés à l’intelligence artificielle : les innovations se multiplient dans un secteur fortement marqué par les évolutions technologiques et réglementaires. « Nous avions besoin de choisir un acteur capable de suivre le rythme des innovations », résume Yannick Le Bouquin. Pour le groupe Eram, l’enjeu consiste désormais à poursuivre le déploiement de cette nouvelle infrastructure auprès de l’ensemble de ses enseignes. Une transformation discrète pour le consommateur, mais stratégique pour un groupe qui cherche à harmoniser ses opérations et à soutenir le développement de ses parcours omnicanaux.