Expérience client

Fidélité : le pouvoir d’achat prend le pas sur l’attachement aux marques


Alors que les programmes de fidélité se sont généralisés, les consommateurs privilégient avant tout les réductions et les avantages immédiats. L’attachement aux marques, les expériences exclusives ou les statuts VIP passent au second plan, obligeant les enseignes à repenser leurs stratégies d’engagement.

Plus d’un tiers des Français comparent systématiquement les prix et les promotions avant d’acheter. - © D.R.
Plus d’un tiers des Français comparent systématiquement les prix et les promotions avant d’acheter. - © D.R.

Les programmes de fidélité sont devenus incontournables dans les stratégies des enseignes. Pourtant, leur multiplication ne garantit plus l’engagement des consommateurs. Le premier baromètre Loyalty Pulse de VML, réalisé auprès de 1 202 Français, montre que la fidélité repose aujourd’hui davantage sur des bénéfices tangibles que sur un véritable attachement émotionnel aux marques.

Premier enseignement : les consommateurs restent avant tout pragmatiques. Seuls 15 % déclarent choisir un produit principalement pour sa marque. Même lorsqu’ils apprécient une enseigne, 23 % seulement affirment lui rester fidèles sans changer. À l’inverse, 57 % expliquent qu’ils n’aiment tout simplement pas modifier leurs habitudes d’achat. La fidélité relève donc davantage de la routine que d’un véritable attachement à une marque.

Le prix demeure le principal facteur susceptible de bouleverser cette routine. Plus d’un tiers des Français (37,2 %) comparent systématiquement les prix et les promotions avant d’acheter, tandis que 23,3 % seulement achètent sans comparer. Cette sensibilité au prix est encore plus marquée chez les femmes (42,6 %).

Même constat concernant les engagements des marques. Un Français sur deux estime que les valeurs ou les engagements RSE ne pèsent pas dans sa décision d’achat, tandis que 14 % seulement en font un critère prioritaire.

Les programmes de fidélité sont devenus un standard

Les programmes de fidélité restent massivement adoptés. 76 % des Français participent à au moins un programme et en possèdent en moyenne huit. La gratuité domine largement : 65 % adhèrent uniquement à des programmes gratuits, contre 7 % seulement qui combinent programmes gratuits et payants.

Pour les enseignes, cette généralisation change la donne. L’existence d’un programme de fidélité n’arrive qu’en troisième position parmi les critères de fidélité, derrière le prix (55,5 %) et l’adéquation de l’offre aux besoins (46 %). Viennent ensuite la qualité des produits (32,6 %), la confiance accordée à la marque (24,9 %) ou encore le service client (20,8 %). Autrement dit, le programme récompense une relation déjà existante, mais ne compense jamais une offre peu attractive.

Autre enseignement : un programme généreux ne suffit pas à recruter de nouveaux clients. 41 % des répondants refusent de s’inscrire à un programme d’une marque qu’ils n’achètent pas habituellement, même si les avantages proposés sont attractifs.

L’étude montre également que les programmes les plus utilisés concernent les secteurs du commerce alimentaire et de la grande distribution, où le taux de participation atteint 78,8 %, devant les enseignes spécialisées (63,4 %) et la restauration rapide (43,1 %). Les secteurs aux achats plus occasionnels, comme l’optique ou la bijouterie, affichent logiquement des taux d’adhésion beaucoup plus faibles.

Les consommateurs veulent d’abord du pouvoir d’achat

Le principal enseignement du baromètre est sans doute celui-ci : les consommateurs attendent avant tout des avantages économiques. Lorsqu’ils convertissent leurs points de fidélité, 48,8 % privilégient les bons de réduction et 33,4 % les réductions immédiates. Les expériences exclusives (3,6 %), les goodies (2,7 %) ou les dons à des associations (1,2 %) arrivent très loin derrière. Au total, plus de 80 % des attentes portent directement sur le pouvoir d’achat.

Les expériences exclusives ne constituent donc pas une alternative crédible aux avantages financiers. Près d’un consommateur sur deux rejette l’idée qu’elles puissent remplacer promotions et réductions. Pour VML, elles constituent davantage un levier de différenciation qu’un substitut à la promesse économique de base. Même logique pour les statuts premium. Seuls 19 % des consommateurs recherchent prioritairement un traitement VIP ou des avantages exclusifs. Cette attente est principalement portée par les 18-44 ans, tandis qu’elle recule nettement chez les seniors.

L’étude met également en évidence un paradoxe : 54 % des Français paient déjà pour des services premium comme Amazon Prime ou Spotify Premium, mais 56 % refusent de payer pour un programme de fidélité traditionnel. Pour les auteurs de l’étude, les consommateurs acceptent de payer lorsqu’ils perçoivent un service immédiat et concret, mais pas pour obtenir simplement davantage de points ou de récompenses.

La donnée personnelle n’est acceptée qu’en échange d’une valeur

Les Français ne refusent pas la personnalisation, mais ils exigent une contrepartie claire. 39 % refusent toujours de communiquer leurs données socio-démographiques dans le cadre d’un programme de fidélité. Pourtant, lorsqu’une récompense est proposée, compléter son profil devient la deuxième action préférée pour gagner des points (27,3 %), juste derrière les achats réalisés (34,8 %). À l’inverse, les mécaniques de gamification séduisent beaucoup moins. Les défis sportifs (3,6 %), les challenges en magasin (9,3 %) ou le partage de contenus sur les réseaux sociaux (1,2 %) restent largement minoritaires, même s’ils rencontrent davantage de succès auprès des moins de 35 ans.

Contrairement à certaines idées reçues, le digital ne remplace pas complètement le contact humain. Le vendeur demeure le premier vecteur de découverte et d’adhésion aux programmes de fidélité pour l’ensemble des générations, à l’exception des 18-24 ans, davantage influencés par les réseaux sociaux.

Enfin, l’étude met en évidence des usages très différents selon les générations. Le portefeuille de programmes de fidélité s’étoffe progressivement jusqu’à atteindre un pic chez les 45-54 ans, avec 9,4 programmes en moyenne, avant de se réduire après 55 ans, les consommateurs privilégiant alors les dispositifs les plus simples et les plus utiles au quotidien.

Une fidélité à reconstruire

Au-delà des chiffres, le baromètre confirme une évolution de fond : les programmes de fidélité ne constituent plus un avantage concurrentiel, mais un prérequis. Les consommateurs attendent avant tout une proposition de valeur claire, des bénéfices immédiatement perceptibles et une utilisation simple. Les expériences exclusives, les statuts VIP ou les mécaniques de gamification peuvent enrichir la relation, mais ils ne remplacent jamais les fondamentaux : un bon prix, une offre pertinente et une récompense concrète.