Stratégie retail

Grande distribution 2025 : quels gagnants et perdants du secteur ?


La grande distribution entre dans une nouvelle phase. Entre ralentissement de la croissance, consolidation accélérée et modèles sous tension, les dynamiques divergent fortement. Certains acteurs tirent parti du marché, quand d’autres cherchent encore leur équilibre. Qui sont les gagnants et les perdants de l’année ?

Grande distribution 2025 : qui tire vraiment son épingle du jeu ? - © D.R.
Grande distribution 2025 : qui tire vraiment son épingle du jeu ? - © D.R.

En 2025, les enseignes alimentaires entrent dans une nouvelle phase. Après deux années portées par l’inflation, la croissance ralentit nettement, révélant davantage les performances intrinsèques des acteurs. Dans un marché en recomposition, entre intégration de magasins, pression accrue sur les prix et transformation des modèles, les écarts se creusent. Quels distributeurs tirent réellement leur épingle du jeu ?

Carrefour, Casino, Auchan, Les Mousquetaires, E.Leclerc et Coopérative U ont publié leurs résultats. L’occasion de dresser un panorama précis des dynamiques à l’œuvre, entre consolidation, résistances et fragilités.

E.Leclerc confirme sa domination dans un marché moins porteur

Sur le marché français, E.Leclerc conserve une position largement dominante avec un chiffre d’affaires de 51,1 milliards d’euros hors carburant, en progression de 2,4 % (source Les Echos), et 24,3 % de parts de marché (+0,1 point). Son réseau reste stable, avec environ 755 magasins en France. Dans un contexte de décélération des prix alimentaires (+1,2 % en 2025 contre +1,4 % en 2024), la croissance ralentit mécaniquement. Elle reste néanmoins supérieure à celle du marché, estimée à +1,8 % selon NielsenIQ, confirmant la capacité de l’enseigne à surperformer dans un environnement moins inflationniste.

Après plusieurs années de croissance soutenue, la dynamique marque toutefois un net ralentissement. L’enseigne a connu deux passages à vide en 2025, cédant ponctuellement quelques dixièmes de parts de marché à des concurrents particulièrement offensifs dans un marché en consolidation. Sur l’ensemble de l’exercice, E.Leclerc maintient néanmoins son rang et confirme la solidité de son modèle. Le groupement se distingue surtout par une croissance quasi exclusivement organique. Contrairement à ses principaux concurrents, largement portés par l’intégration de magasins (Casino pour Intermarché, Cora-Match pour Carrefour, Schiever pour Coopérative U), E.Leclerc ne bénéficie quasiment pas d’effet parc.

Depuis 2020, son chiffre d’affaires a progressé de 25 %, soit plus de 10 milliards d’euros supplémentaires, avec un gain de 3 points de parts de marché en cinq ans. Dans un marché en recomposition, l’enseigne s’impose ainsi comme la référence en matière de croissance organique, portée avant tout par sa compétitivité prix et la fidélité de sa clientèle.

Carrefour stabilise sa trajectoire dans une année encore marquée par les transformations

Carrefour reste le premier distributeur français à l’international avec 91,48 milliards d’euros de chiffre d’affaires, en progression de 2,8 % à données comparables. En France, le groupe s’appuie sur un réseau de plus de 5 400 magasins tous formats confondus. L’année 2025 est avant tout une année de transition. L’intégration de Cora et Match pèse encore sur la lisibilité de la performance, mais doit générer des synergies à moyen terme.

En France, la croissance reste limitée (+0,4 % en comparable), mais les volumes se redressent légèrement. Le groupe améliore également la rentabilité de son périmètre historique, tout en poursuivant ses investissements dans la compétitivité prix.

Carrefour continue de développer ses relais de croissance :

  • 456 ouvertures en proximité

  • e-commerce en progression (+21 % de GMV)

  • marques propres à 38 % des ventes alimentaires

La trajectoire s’améliore, mais reste dépendante de la réussite des transformations engagées.

Casino se stabilise mais reste engagé dans une transformation profonde

Après une restructuration majeure en 2024, Casino amorce une phase de stabilisation. Le groupe affiche un chiffre d’affaires de 8,26 milliards d’euros, en hausse de +0,5 % en comparable, mais en recul en données publiées. En France, il s’appuie désormais sur un réseau d’environ 7 500 points de vente, essentiellement en proximité, qui constitue désormais le cœur de son modèle.

Les performances restent contrastées :

  • Naturalia : forte croissance (+8,3 %)

  • Monoprix : légère progression (+0,6 %)

  • Franprix : léger recul (-0,4 %)

Casino mise sur ses concepts différenciants et sur le digital pour relancer la dynamique. Toutefois, la stabilisation observée ne suffit pas encore à attester d’un redressement durable.

Auchan améliore sa rentabilité mais accélère la transformation de son modèle

Auchan affiche des résultats contrastés. En 2025, le groupe réalise 32,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires, en hausse de 1,5 %, portée par l’international. L’amélioration est nette sur le plan opérationnel : l’Ebitda progresse de +16,1 %, dépassant le milliard d’euros. En France, il bondit de 11 à 154 millions d’euros, signe des premiers effets du plan de performance. Le groupe reste néanmoins déficitaire.

En France, Auchan s’appuie sur un réseau de 641 magasins, en recul de 44 unités sur un an, traduisant une rationalisation du parc. L’activité y recule de 0,5 %, pénalisée par la sortie de magasins déficitaires, les travaux de modernisation (20 magasins) et un investissement prix de 100 millions d’euros

La transformation est particulièrement marquée sur les supermarchés :

  • 266 magasins intégrés concernés

  • 91 cédés aux Mousquetaires

  • 164 basculés en franchise Intermarché ou Netto

En parallèle, Auchan poursuit la modernisation de ses hypermarchés, avec un enrichissement de l’offre (jusqu’à 2 600 références supplémentaires) et un repositionnement prix.

Le groupe sécurise également ses financements (1,8 milliard d’euros) pour soutenir cette transformation. Une stratégie qui marque un basculement clair vers un modèle plus léger et plus compétitif.

Les Mousquetaires accélèrent et s’imposent comme le principal moteur du marché

Les Mousquetaires confirment leur montée en puissance avec un chiffre d’affaires de 48,662 milliards d’euros hors carburant, en croissance de +4,2 %. En France, le groupement compte 2 417 points de vente alimentaires. Intermarché et Netto progressent de +5,4 %, atteignant 17,5 % de parts de marché (+0,5 point).

La croissance repose à la fois sur le parc historique (+1,8 %) et l’intégration des magasins Casino (+3,6 %). Les magasins repris affichent des performances particulièrement élevées, avec des progressions de chiffre d’affaires pouvant atteindre +30 à +50 % après transformation.

Le groupement renforce également ses fondamentaux :

  • MDD à 35,2 % du chiffre d’affaires

  • progression des produits frais traditionnels (+7,9 %)

  • développement de l’offre origine France (75 % des fruits et légumes hors exotiques)

  • lancement de la marque Intermarché Terroirs (575 références)

L’e-commerce progresse fortement (+13,3 %), avec l’ambition de devenir le deuxième acteur du drive en France d’ici 2028.

La dynamique commerciale se traduit également par un gain de clientèle significatif :

  • +233 000 clients pour Intermarché

  • +49 000 pour Netto

Le groupement s’impose ainsi comme un acteur clé de la consolidation du marché, avec un objectif de 20 % de parts de marché à horizon 2028.

Coopérative U capitalise sur l’expansion et confirme sa dynamique

Coopérative U réalise une année 2025 solide avec 28,35 milliards d’euros de chiffre d’affaires, en croissance de +5,3 %. L’enseigne s’appuie sur un réseau de 1 904 magasins et gagne +0,6 point de part de marché, atteignant 12,7 %. Elle séduit 820 000 nouveaux foyers, un niveau record. Cette performance repose en grande partie sur l’expansion du parc, notamment via l’intégration de nouveaux magasins, mais aussi sur une stratégie prix efficace. L’e-commerce poursuit sa progression (+11,3 %), confirmant la capacité du groupement à s’adapter aux nouveaux usages.

Le modèle coopératif apparaît comme particulièrement performant dans un marché en phase de consolidation.

Classement des chiffres d’affaires réalisés en France en 2025 (hors carburant)

E.Leclerc : 51,1 milliards d’euros

Carrefour : 46,3 milliards d’euros

Les Mousquetaires (Intermarché et Netto) : 34,356 milliards d’euros

Coopérative U : 28,35 milliards d’euros

Auchan Retail : 16,4 milliards d’euros

Casino Retail : 8,26 milliards d’euros

Classement des plus fortes croissances en France en 2025

Intermarché : +5,4 %

Coopérative U : +5,3 %

Leclerc : +2,4 %

Carrefour : +0,4 %

Casino : +0,5 % (comparable)

Auchan : -0,5 %

Classement des groupes de distribution alimentaire en 2025 (global)

E.Leclerc : 51,1 milliards d’euros

Carrefour : 91,48 milliards d’euros

Les Mousquetaires : 48,662 milliards d’euros

Auchan Retail : 32,1 milliards d’euros

Coopérative U : 28,35 milliards d’euros

Casino Retail : 8,26 milliards d’euros

Qui gagne vraiment sans effet parc en 2025 ?

Derrière les chiffres de croissance, toutes les performances ne se valent pas. L’année 2025 confirme une fracture entre les enseignes qui progressent grâce à leur modèle, et celles qui s’appuient sur l’extension ou la transformation de leur parc. E.Leclerc apparaît comme le seul acteur à combiner croissance, gain de parts de marché et stabilité du réseau. Les Mousquetaires et Coopérative U affichent les plus fortes progressions, mais celles-ci reposent en grande partie sur l’intégration de magasins dans un marché en consolidation. Carrefour stabilise sa trajectoire, sans encore retrouver un rôle moteur en France. Auchan et Casino, enfin, illustrent des modèles en transition, où la priorité reste le redressement plutôt que la croissance.

Un marché entré dans une nouvelle phase

Après deux années exceptionnelles, 2025 marque un retour à une croissance plus normative. La hiérarchie du secteur ne se joue plus uniquement sur les volumes, mais sur la capacité des enseignes à gagner des parts de marché dans un environnement moins porteur. Dans ce contexte, consolidation, compétitivité prix et transformation des modèles deviennent les principaux leviers de différenciation. Les prochains mois seront déterminants pour confirmer les trajectoires engagées.