Stratégie retail

Marché du jardin : les 5 enseignements clés d’une année contrastée


À 8,52 milliards d’euros en 2025, le marché du jardin apparaît stable (-0,3 %). Une lecture trompeuse : les circuits de distribution et les usages évoluent fortement, révélant une transformation progressive du marché.

 Le marché du jardin en France semble faire preuve de résilience, - © D.B
Le marché du jardin en France semble faire preuve de résilience, - © D.B

Avec 8,52 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, le marché du jardin en France semble faire preuve de résilience, affichant une légère baisse de -0,3 %. Mais cette stabilité apparente ne doit pas masquer les évolutions structurelles à l’œuvre. Pour la première fois, un panel distributeurs consolidé, piloté par la Fédération des Jardineries et Animaleries de France en partenariat avec la Fédération des Magasins de Bricolage (FMB), enrichi par les données NielsenIQ et l’e-commerce, permet d’avoir une lecture globale du marché. Cette approche met en lumière un secteur de plus en plus fragmenté, où les dynamiques varient fortement selon les circuits et les catégories.

Des circuits historiques toujours dominants mais en recul

Premier enseignement : les circuits traditionnels conservent leur poids, mais voient leur dynamique s’éroder. Les jardineries et LISA restent le premier canal avec 3,39 milliards d’euros, soit 39,8 % du marché, malgré une baisse de -2,3 %. Les enseignes de bricolage suivent avec 2,78 milliards d’euros et 32,6 % de part de marché, en recul de -0,9 %.

Ces deux circuits structurants représentent encore plus de 70 % du marché, mais leur ralentissement traduit une forme de maturité, voire un essoufflement sur certains segments.

La montée en puissance des circuits alternatifs

Deuxième enseignement : la progression des circuits alternatifs confirme une recomposition du marché. La grande distribution alimentaire affiche une croissance de +2,2 %, atteignant 1,39 milliard d’euros et 16,3 % de part de marché. Surtout, l’e-commerce poursuit sa dynamique avec une hausse de +5,2 %, pour atteindre 0,96 milliard d’euros, soit 11,3 % du marché. Une progression qui témoigne de l’évolution des comportements d’achat et de la capacité du digital à capter certaines catégories de produits.

Le marché du jardin bascule ainsi progressivement vers un modèle plus hybride, où les canaux se complètent plutôt qu’ils ne s’opposent.

Un marché tiré par les usages plus que par l’équipement

Troisième enseignement : la croissance ne vient plus des équipements, mais des usages. Les équipements motorisés reculent de -4,7 %, pénalisés par un effet de cycle après plusieurs années de forte demande. À l’inverse, les catégories liées à l’agrément progressent nettement. Les loisirs au jardin, incluant mobilier et cuisson extérieure, affichent une croissance de +3,8 %, tandis que la décoration extérieure progresse de +4,4 %.

Cette bascule illustre un changement profond : le jardin n’est plus seulement un espace à entretenir, mais un lieu de vie à aménager.

Le rôle déterminant de la météo… et de l’expérience

Quatrième enseignement : la performance du marché reste fortement dépendante de facteurs conjoncturels, à commencer par la météo. En 2025, un ensoleillement supérieur de 7 % à la normale a soutenu les ventes des produits liés aux loisirs et à l’extérieur. Mais au-delà de cet effet ponctuel, cette dynamique révèle une tendance de fond. Les consommateurs investissent davantage dans des produits liés à l’expérience, au confort et au plaisir d’usage, renforçant la dimension émotionnelle du marché du jardin.

Un e-commerce porté par les catégories les plus dynamiques

Cinquième enseignement : la croissance du digital est directement corrélée à celle des segments les plus porteurs. Comme le souligne Alaric Desbant, responsable data et études de marché aux Jardineries et Animaleries de France, « les articles de plein air et le mobilier de jardin […] expliquent également la bonne forme de ce circuit à +5,2 % ». Ces produits, plus standardisés et facilement comparables, se prêtent particulièrement bien à la vente en ligne. Ils contribuent à accélérer la transformation omnicanale du marché.

Au final, le marché du jardin en 2025 apparaît moins stable qu’il n’y paraît. Derrière une croissance quasi nulle, il entre dans une phase de recomposition, marquée par la montée du digital, l’évolution des usages et la redéfinition du rôle des circuits historiques. Entre maturité sur certains segments et dynamisme sur d’autres, le secteur doit désormais arbitrer entre logique d’équipement et logique d’expérience. Une transition qui pourrait redessiner durablement les équilibres du marché dans les années à venir.

Méthodologie :

Les données présentées reposent sur un panel distributeurs inédit, construit pour offrir une vision globale du marché du jardin, tous circuits confondus.

Piloté par la Fédération des Jardineries et Animaleries de France, en partenariat avec la Fédération des Magasins de Bricolage, ce dispositif agrège plusieurs sources complémentaires. Il couvre plus de 9 000 points de vente physiques en France, incluant les jardineries, les LISA et les enseignes de bricolage.

Il intègre également les données de la grande distribution alimentaire, via un partenariat avec NielsenIQ (incluant GfK), ainsi que des données e-commerce issues de services bancaires et de paiement, permettant de capter les ventes en ligne.

L’objectif de ce panel est de proposer une lecture consolidée d’un marché historiquement fragmenté, dont la complexité s’est accrue avec la multiplication des canaux de distribution.