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Quand les agents virtuels s’emparent du commerce [Analyse]

Le | Marketing

Toutes les marques cherchent à humaniser le web. Et sur ce volet, les influenceurs virtuels pourraient jouer un rôle clé. Décryptage par Guillaume Rio de L’Echangeur BNP Paribas Personal Finance.

Les avatars virtuels représentent une nouvelle génération d’influenceurs, notamment en Corée. - © D.R.
Les avatars virtuels représentent une nouvelle génération d’influenceurs, notamment en Corée. - © D.R.

A l’heure où notre quotidien se digitalise à grande vitesse, que nous passons nos journées sur Instagram, Tik ToK Sandbox ou Fortnite, le virtuel, lui, part à la conquête du monde réel…

Candy est l'égérie virtuelle de Prada. - © Prada
Candy est l'égérie virtuelle de Prada. - © Prada

Pour preuve, l’expansion des influenceurs virtuels, qui sont des avatars créés grâce à l’intelligence artificielle et la 3D numérique. Ils sont en passe de devenir des interlocuteurs ‘naturels’ pour la vente de biens et de services dans le monde physique. La ressemblance entre ces personnages virtuels et les humains est tellement saisissante qu’il est difficile de les différencier. D’ailleurs, sur Instagram ou Tik ToK, leur compte ressemble à celui des influenceurs ‘humains’, où selfies, stories, vie du quotidien, voyages sont partagés en maîtrisant parfaitement les codes de l’influence. De nos jours, de plus en plus de marques (en premier lieu le monde de la mode) préfèrent s’appuyer sur ces personnages virtuels. Prada a même récemment créé sa propre égérie digitale : Candy.

L’Asie à fond dans l’influence digitale 

Lil Miquela dispose d’un compte Instagram animé comme une vraie influenceuse pourrait le faire. - © Miquela
Lil Miquela dispose d’un compte Instagram animé comme une vraie influenceuse pourrait le faire. - © Miquela

Si l’influenceuse virtuelle la plus connue mondialement est Lil Miquela (originaire de Los Angeles et développée par les studios Brud INC), avec 3,1 millions d’abonnés sur Instagram, autant sur Tik-Tok, et représentante de marques telles que Calvin Klein, le phénomène est surtout porté par l’Asie.

Rien qu’en Chine, le volume des ventes venant de ces ‘avatars’ devrait plus que tripler, passant de l'équivalent de 860 millions d’euros en 2021 à 2,8 milliards d’euros en 2023, selon les prévisions du cabinet de conseil en gestion iiMedia Research.

Citons par exemple le partenariat réalisé en 2021 entre Porsche Ventures et iMaker, le principal fournisseur chinois d’influenceurs virtuels et d'écosystèmes numériques. Fondée en 2019, la start-up a pour mission d’accompagner les marques mondiales et les partenaires de plateformes dans le développement et le déploiement d’ambassadeurs de marque numériques.

La Corée très active sur le sujet, un triomphe pour Rozy

La Corée semble être le porte-drapeau de tous ces nouveaux agents virtuels ! Annoncé en 2021, le Korea Digital New Deal 2.0, porté par le gouvernement, ambitionne de faire de la Corée du Sud la place majeure de l’innovation sur l’échiquier mondial. Et les mondes virtuels en sont une priorité.

Les influenceurs en Corée. - © D.R.
Les influenceurs en Corée. - © D.R.

Selon les experts locaux, les agents virtuels sont très bien perçus par les consommateurs de la génération MZ (terme coréen désignant les Millennials et la génération Z) ! En 2020, la société de publicité locale, Sidus Studio X, a lancé la première influenceuse virtuelle de Corée, Rozy, qui compte désormais plus de 125 000 followers sur Instagram.

Depuis sa création, elle a signé plus de 100 contrats de sponsoring. Parmi ces derniers, on compte des entreprises comme Calvin Klein, Maison Margiela, Hera Beauty et, surtout, l’entreprise sud-coréenne Shinhan Life Insurance, pour laquelle elle pose dans la vidéo ci-dessous.

Elle a également fait ses débuts en tant que chanteuse en février dernier, avec la sortie de son premier single, « Who Am I ». On estime que Rozy a rapporté plus d’un milliard de wons (821 000 dollars) à Sidus Studio X l’année dernière. La société a également lancé ses trois « frères et sœurs » - Ho, Heil et Gon - à la fin du mois dernier. Ceux-ci ont fait leurs débuts dans la récente campagne publicitaire pour la nouvelle Volvo.

Lors du Consumer Electronics Show 2021, LG a, quant à lui, présenté ses produits à l’aide d’une influenceuse de synthèse prénommée Reah Keem. Elle a fait la promotion de la nouvelle gamme d’ordinateurs portables légers Gram et du moniteur Ultrafind OLED Pro 4K. Depuis, cet avatar de 23 ans, porté sur la musique, a signé un accord avec le label de musique local Mystic Story et compte lancer son album fin 2022.

Vendeurs pour tous les produits

Et ces avatars vont encore au-delà d’un rôle d’influenceur dans la publicité ou le secteur de la culture, et vendent directement produits et services aux consommateurs ! Deux banques, la Shinhan Bank et la NongHyup Bank, ont mis en place des banquiers virtuels pour aider leurs clients à choisir leurs services.

L’enseigne de retail Lotte Home Shopping a présenté sa vendeuse virtuelle, Lucy, lors de son téléachat en décembre 2021 pour sa saison spéciale de Noël. Et, là encore, la société la plus avancée dans la création d’avatars intelligents et conversationnels est bien Coréenne et s’appelle Deepbrain AI. Cette start-up démultiplie ses nouveaux agents virtuels dans de multiples secteurs.

Deepbrain AI est un spécialiste des avatars virtuels. - © Deepbrain AI
Deepbrain AI est un spécialiste des avatars virtuels. - © Deepbrain AI

Par exemple, à l’entrée de son premier magasin autonome, l’enseigne 7 Eleven (groupe Lotte) vient d’implémenter un assistant humain de synthèse appelé Clerk-AI, incarné dans un kiosk qui peut accueillir les clients sur place et interagir avec eux pour les informer des promotions ou des offres spéciales. Cet humain de synthèse est aussi capable de tenir une conversation et d’exprimer des sentiments. Cette expérience a été renouvelé avec le groupe KT, la plus grande société de télécommunications de Corée du Sud

Un moyen de s’affranchir des problématiques humaines

Les exemples ne cessent de se multiplier qui prouvent que l’influenceur humain est un atout intéressant pour les marques. Et pour certaines entreprises, elles estiment que contrairement aux vraies célébrités, elles ne risquent pas d'être impliquées dans des problèmes ou des scandales. Et les humains virtuels peuvent filmer dans des endroits ou des mouvements que les humains réels ne peuvent pas faire, ce qui offrira des scènes uniques aux consommateurs.

Éternellement jeune et ‘trendy’, l’assistant virtuel a pour avantage de travailler sans interruption. Toujours en Asie, le géant chinois Huawei a annoncé fin 2021 avoir recruté sa première employée virtuelle, Yunsheng. Sony a été jusqu’à présenter une solution pour virtualiser ses artistes. Une manière de réaliser des concerts dans les mondes virtuels. La « première » a eu lieu avec le double digital de la chanteuse Madison Beer. Cette virtualisation rend, d’une certaine manière, les artistes immortels. Ils pourraient donc continuer à chanter grâce à leurs voix de synthèse et leur avatar, même après leur mort.

Prêt(e) à être en concurrence avec un agent virtuel lors de votre prochain entretien d’embauche ? Quand la réalité (virtuelle) dépasse la (science)-fiction…

Guillaume Rio - © L’Echangeur
Guillaume Rio - © L’Echangeur

A propos de l’auteur : 

Master en management de la Distribution en poche, Guillaume Rio a intégré le Groupe Auchan sur plusieurs sujets de réflexion « digital store » et « merchandising », notamment pour les structures Norauto et les hypermarchés Auchan. Avec une expertise reconnue de plus de 20 ans sur le décryptage des évolutions du Commerce et de la prospective à l’international, Guillaume Rio pilote aujourd’hui le Pôle Techno Trends de l’Echangeur by BNP Paribas Personal Finance.

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