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Deeptech : vers un retail plus responsable [Analyse]

Par Clotilde Chenevoy | le | Empreinte carbone

Quels apports les nouvelles technologies peuvent avoir sur notre alimentation ? Guillaume Rio, responsable du Pôle Techno Trends de l’Echangeur by BNP Paribas Personal Finance, décortique plusieurs projets en cours, à un stade plus ou moins avancé.

Deeptech : vers un retail plus responsable [Analyse]
Deeptech : vers un retail plus responsable [Analyse]

Le HelloTomorrow Global Summit, salon international de la ‘deeptech’ vient d’achever sa 7e édition à Paris. Le terme “deeptech” est utilisé pour mentionner les projets portés par des entreprises, des start ups, des laboratoires de recherche qui innovent en repoussant les frontières technologiques. Ces dernières impactent nos vies quotidiennes tels que la transition énergétique, les industries régénératives, la mobilité intelligente, le voyage dans l’espace, la physique quantique, la biologie de synthèse ou encore les révolutions autour de la santé !

Les investissements dans la deeptech sont passés de 15 à 60 milliards de dollars dans le monde entre 2016 et 2020, selon un rapport de BCG et de Hello Tomorrow. Ces investissements à titre d’exemple ont permis à la société française de Biotech Moderna de commercialiser son vaccin contre le Covid-19 fonctionnant avec la technologie de l’ARN messager.

Deeptech : qu’en est-il pour le monde du retail ?

Repenser les fondements de l’alimentation

En 2050, nous serons 9,5 milliards habitants. Un tel changement démographique va avoir un impact considérable sur nos écosystèmes de consommation et de production alimentaire. Plus de 40 % de protéines seront nécessaires en 2030 pour répondre aux besoins planétaires.

L’élevage animal, est aujourd’hui responsable d’environ 15 % des émissions de gaz à effet de serre (sans compter la logistique) dans le monde, soit 4/5 des émissions totales du secteur agricole. Pour répondre à ces nouveaux défis quantitativement et de manière responsable la culture cellulaire semble la solution appropriée.

Algama Foods remplace les protéines animales par de la poudre d’algues. - © D.R.
Algama Foods remplace les protéines animales par de la poudre d’algues. - © D.R.

La culture cellulaire : et si on se mettait aux algues

Si jusqu'à aujourd’hui, les algues étaient consommées soit en assaisonnement pour des pâtes ou salades, la start-up française Algama Foods créée en 2013 en a décidé autrement en produisant une poudre à base de microalgues capable de remplacer les protéines animales. En autre, ils sont capables de créer des œufs nécessaires à la fabrication de mayonnaise, de brioches ou de cookies. Ils travaillent actuellement sur la fabrication de thon végétal qui auraient la même texture et les mêmes apports énergétiques que les originaux.

Ce n’est pas sans rappeler NotCo, société chilienne d’aliments à base de végétaux. Elle utilise des algorithmes pour analyser la structure moléculaire de certains aliments comme le bœuf, le lait ou les œufs afin de leur créer des alternatives végétales. Comment ? En comparant cette composition moléculaire avec celles des plantes pour y trouver des similarités. Ses algorithmes identifient ensuite plusieurs combinaisons entre plantes pour imiter au mieux les couleurs, textures et goûts des aliments. Son dernier-né, le NotMilk, fait à base d’intelligence artificielle, de chou et d’ananas, utilise 92 % moins d’eau, 74 % moins d’énergie et émet 74 % moins d’émissions de Co2. Les produits Notco sont déjà en vente aux USA dans l’enseigne Whole Foods Market.

Dans la même veine, la jeune start-up grenobloise Nutropy produit des protéines grâce à la fermentation de précision afin de développer des produits alimentaires plus durables, sains et éthiques. Son dernier né, du fromage sans lactose, sans antibiotiques et ni hormones !

Nutropy produit des protéines grâce à la fermentation de précision. - © D.R.
Nutropy produit des protéines grâce à la fermentation de précision. - © D.R.

Pour de nombreux experts, une « chocapocapylpse » est envisageable, soit une pénurie mondiale de chocolat. En effet, le marché mondial connaît une très forte expansion, au point de doubler d’ici 2025 et atteindre plus de 170 milliards de dollars en 2025 ! Les cacaoyers se faisant de plus en plus rare (maladies, pénuries), des industriels n’hésitent pas à se tourner vers d’autres cultures plus rentables comme le caoutchouc ou l’huile de palme et totalement non écoresponsables.

La start-up California Chocolate  propose de cultiver des cellules végétales à partir de fèves de cacao. Ces cultures cellulaires forment donc des polyphénols soit des molécules très importantes pour conférer l’aspect et le goût du chocolat sans cacao originel ! Ces produits seront lancés sur le marché courant de l’année 2022.

Prolonger la date de péremption

Selon le GIEC, soit le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le gaspillage des denrées alimentaires est la source de 10 % des émissions de gaz à effet de serre émises à l’échelle de la planète sur les dernières années. La principale source de ce gaspillage est la péremption de nombreux produits sur la chaine alimentaire. Chaque année, 2,6 trillions de dollars de nourriture sont gaspillés dans le monde soit de quoi nourrir un grand pourcentage de la population mondiale.

Avec son autocollant StixFresh, la start-up Ryp Labs allonge la durée de vie des produits. - © D.R.
Avec son autocollant StixFresh, la start-up Ryp Labs allonge la durée de vie des produits. - © D.R.

Pour faire face à ce constat, Ryp Labs start up lancée en 2017 et basée en Belgique propose un simple autocollant (appelé « StixFresh ») apposé sur les fruits afin d’allonger leur durée de conservation de 14 jours. La solution est basée sur les composés qu'émettent naturellement les plantes pour se protéger des maladies soit les métabolites. A titre d’exemple, l’odeur indélébile de la Provence émise par la lavande, provient de métabolites qu’elle produit. Ces métabolites peuvent avoir plusieurs rôles : « attirer les pollinisateurs ou repousser certaines maladies », selon son fondateur.

Aujourd’hui, La start-up travaille en mode ‘test and learn’ avec des grands distributeurs internationaux dont Walmart, Aldi et les supermarchés Colruyt en France. Selon Ryp Labs, ces premiers tests ont prouvé une réduction de 50 à 100 % des pertes sur plusieurs fruits, telles que des fraises, des framboises, des myrtilles, des pêches… Ryp Labs ne s’arrête pas là et prévoit d'étendre sa solution aux légumes, aux fruits de mer, à la viande et aux fleurs.

Face à ces changements environnementaux vitaux, les retailers ont tout intérêt à identifier ces jeunes startups qui sont le reflet de notre société et répondent à des valeurs nouvelles auxquelles le consommateur est attaché.

Guillaume Rio. - © L’Echangeur
Guillaume Rio. - © L’Echangeur

A propos de l’auteur : 

Master en management de la Distribution en poche, Guillaume Rio a intégré le Groupe Auchan sur plusieurs sujets de réflexion « digital store » et « merchandising », notamment pour les structures Norauto et les hypermarchés Auchan. Avec une expertise reconnue de plus de 20 ans sur le décryptage des évolutions du Commerce et de la prospective à l’international, Guillaume Rio pilote aujourd’hui le Pôle Techno Trends de l’Echangeur by BNP Paribas Personal Finance.

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