Expérience client

Expérience post-achat : le nouveau terrain de jeu de la fidélisation client


Retours, SAV, réclamations : le post-achat reste souvent perçu comme un centre de coûts. Pourtant, derrière ces interactions se cachent des leviers de fidélisation, de connaissance client et même de rentabilité. Réunis par Républik Retail, quinze dirigeants ont partagé leurs pratiques pour mieux exploiter ce moment clé du parcours client.

Un dîner-débat consacré à l’expérience post-achat. - © D.R.
Un dîner-débat consacré à l’expérience post-achat. - © D.R.

Le 3 septembre dernier, Républik Retail réunissait à Paris une quinzaine de dirigeants pour un nouveau Club Retail Talk sous forme de dîner-débat consacré à l’expérience post-achat, organisé en partenariat avec PayPal et Salesforce. Autour de la table : Caroline Dupoizat (Bureau Vallée), Florence Roussel (Rising Stone), Alexandre Benamu (Copin), Luan Diep et Antoine Gay (Jacadi), Nourite Eladan-Bertein (Guerlain), Céline Campy (INULA Group), Mehdi Dahmani (Orange), Olivier Tellechea (Le Pain Quotidien), Victor de Drouas (Rituals), Sébastien Bernard (Carrefour), Jean-Marc Bakouch (LPB Les Petites Bombes), Anki Li (L’Oréal Luxe), Elodie Palacci (Givenchy) et Simon Willer (consultant).

Un constat s’est rapidement imposé : les enseignes ont beaucoup investi pour fluidifier le parcours jusqu’au paiement, mais l’après reste plus difficile à appréhender. Qui doit le piloter ? Comment en mesurer le retour sur investissement ? Jusqu’où automatiser la relation ? Et surtout, comment passer d’une logique de gestion des problèmes à une logique de création de valeur ?

Le post-achat souffre encore de son statut de centre de coûts

C’est probablement le premier verrou à faire sauter. Le post-achat est encore souvent regardé à travers ce qu’il coûte : équipes de service client, retours, remboursements, gestes commerciaux, logistique ou programmes de fidélité. Le problème est que sa contribution économique est beaucoup moins immédiate à mesurer. Plusieurs participants l’ont souligné : lorsque l’effort est fait pour rapprocher satisfaction, fidélisation et performance commerciale, la rentabilité apparaît. Mais ces dispositifs restent fragiles au moment des arbitrages budgétaires. Avec un paradoxe : un service post-achat efficace peut devenir presque invisible. Tant que les problèmes sont absorbés et que les clients obtiennent une réponse, peu de signaux remontent dans l’organisation. C’est parfois lorsqu’un dispositif est réduit que sa valeur devient évidente.

Dans les réseaux de franchise, certains ont trouvé une parade : parler le langage du business. L’expérience d’un participant montre que les points de vente obtenant les meilleures évaluations clients affichent aussi davantage de fidélisation et de meilleures performances économiques. De quoi opposer des résultats concrets à la peur récurrente de voir quelques clients profiter d’une politique de retour trop généreuse. Le calcul ne se limite pas au coût du produit repris. Remplacer une cartouche d’encre déballée alors que le client s’est lui-même trompé de référence peut sembler contre-intuitif. Mais si cette souplesse devient une raison de revenir dans l’enseigne, le calcul change.

Derrière les retours, des millions d’euros de valeur potentielle

L’un des échanges les plus révélateurs de la soirée a porté sur ce que deviennent réellement les produits une fois retournés. Dans un grand groupe de distribution, les retours non alimentaires font l’objet d’un service dédié. Électronique, informatique, textile, produits culturels… leur traitement génère une masse d’informations sur les défauts et les insatisfactions rencontrés par les consommateurs. Une donnée qui peut servir bien au-delà du SAV. Identifier qu’une référence revient régulièrement pour un bouton cassé, une caractéristique mal comprise ou un problème de conception permet de faire remonter l’information aux équipes qualité et produit. Le post-achat devient alors une boucle d’amélioration continue.

Mais l’enjeu est aussi financier. En travaillant sur la seconde vie, un participant explique avoir découvert des gisements de produits récupérables dans les magasins, les entrepôts et l’e-commerce. Certains retours peuvent encore être remboursés puis envoyés en démarque ou en destruction, notamment parce que les outils disponibles ne sont pas systématiquement renseignés ou les processus respectés. Le potentiel identifié se chiffre alors en plusieurs millions d’euros récupérables. Dans l’organisation concernée, seulement 25 % de ce qui est identifié comme démarque serait aujourd’hui quantifié. Un chiffre qui change radicalement la manière de présenter le post-achat à une direction financière. L’idée résume finalement une bonne partie du débat : régler le problème du client est indispensable. Comprendre pourquoi le produit est revenu et ce qu’il peut encore valoir l’est tout autant.

Donner quelques euros de liberté aux équipes peut éviter une grosse insatisfaction.

Faut-il toujours attendre une réclamation pour agir ? Une expérience partagée pendant le dîner apporte une autre réponse. Dans un grand parc de loisirs, l’entreprise avait cherché à identifier les petits événements susceptibles de gâcher une journée pourtant chèrement payée : un ballon d’enfant qui s’envole, une boisson renversée sur un vêtement, un objet détérioré… Plutôt que de laisser le client repartir mécontent puis éventuellement se plaindre, les collaborateurs au contact du public avaient reçu la possibilité d’agir immédiatement. Ils disposaient de différents niveaux de gestes commerciaux afin d’apporter une réponse proportionnée à l’incident, sans attendre systématiquement l’autorisation d’un manager. La direction craignait une explosion des coûts et des abus. L’expérience a produit l’effet inverse : les équipes ont moins utilisé le dispositif que prévu et, lorsqu’elles l’ont fait, les réponses apportées se sont révélées adaptées aux problèmes rencontrés. Au-delà du geste commercial, le dispositif a également redonné de l’autonomie à des collaborateurs qui avaient parfois le sentiment de ne plus avoir la main face à des parcours de plus en plus digitalisés.

Un enseignement particulièrement actuel : automatiser le parcours ne doit pas empêcher celui qui voit le problème de le résoudre.

Après l’automatisation, le retour d’une relation plus personnelle

Cette question de l’humain a traversé une grande partie du débat. Avec une conclusion assez nette : il ne s’agit pas nécessairement de choisir entre automatisation et relation humaine. WhatsApp s’impose par exemple dans plusieurs stratégies. Le canal peut servir à suivre une commande, solliciter un avis, mesurer le NPS, envoyer un catalogue ou réengager un client. Une enseigne de mode explique ainsi avoir construit un véritable parcours post-achat sur WhatsApp, du tracking jusqu’à la sollicitation d’avis lorsque l’expérience s’est bien déroulée.

Dans le luxe, la logique va parfois dans l’autre sens : à mesure que les interactions deviennent automatisées, une attention très simple peut regagner de la valeur. Une carte manuscrite, un appel ou le fait d’être contacté par un conseiller clairement identifié deviennent des marqueurs de différenciation. Le canal compte finalement moins que la continuité de la relation. Téléphone, mail, SMS ou WhatsApp peuvent cohabiter, à condition de respecter les préférences du client et de lui donner le sentiment qu’une personne connaît son historique et peut réellement l’accompagner. Cette approche peut aller jusqu’au contact proactif. Une expérience menée dans l’hospitalité de luxe consistait ainsi à utiliser les périodes creuses des équipes téléphoniques pour rappeler certains clients : anciens fidèles qui n’étaient pas revenus, personnes n’ayant pas finalisé leur réservation ou clients dont l’expérience avait nécessité une attention particulière. Difficile, dans ce cas, d’attribuer précisément une réservation à un coup de téléphone. Mais la logique inverse celle du service client traditionnel : ne plus attendre que le client ait un problème pour reprendre contact avec lui.

Fidéliser après l’achat : la générosité plutôt que la seule promotion

Le post-achat peut également devenir un terrain d’activation de la fidélité. Plusieurs échanges ont montré que la relation ne devait pas nécessairement se limiter à résoudre un irritant ou à pousser immédiatement une nouvelle offre commerciale. Créer de la préférence peut aussi passer par la générosité et l’attention accordée au client après son achat. Un participant a notamment partagé l’exemple d’un programme de fidélité gratuit reposant largement sur des cadeaux. Une mécanique qui permet à la fois de récompenser le client et de lui faire découvrir de nouveaux produits, avec une équation économique parfois plus intéressante pour l’enseigne qu’une remise classique. Dans le luxe, cette logique peut prendre une autre forme avec des expériences exclusives ou des invitations à des événements. Leur valeur ne repose d’ailleurs pas uniquement sur la participation : le simple fait d’avoir été invité contribue déjà au sentiment de reconnaissance.

La fidélisation passe aussi par la capacité à transformer une expérience réussie en recommandation. Certains parcours post-achat intègrent ainsi une mesure de satisfaction ou du NPS avant de solliciter les clients satisfaits pour déposer un avis sur Google ou Trustpilot. Une manière de prolonger la relation tout en travaillant l’e-réputation de l’enseigne.

Le post-achat ne sert donc plus seulement à retenir un client insatisfait : il peut aussi permettre d’identifier, de récompenser et d’activer les clients les plus engagés.

Le post-achat prépare déjà le prochain achat

C’est finalement là que se joue le changement de perspective. Un retour n’est plus uniquement un colis à traiter. C’est une information sur un produit. Une réclamation n’est plus seulement un coût de service client mais un signal permettant d’identifier un dysfonctionnement. Un geste commercial n’est plus nécessairement une perte sèche mais peut éviter de perdre un client. Et un contact après la vente peut devenir le point de départ d’une nouvelle relation commerciale. Encore faut-il parvenir à décloisonner ces informations. Le post-achat se situe à la croisée du service client, des opérations, du marketing, du CRM, des équipes produit, des magasins et de la finance. Plusieurs échanges ont ainsi insisté sur la nécessité d’une vision de bout en bout du parcours, portée suffisamment haut dans l’organisation.

La frontière entre achat et post-achat devient d’ailleurs de plus en plus artificielle. Pour un client, le parcours ne s’arrête pas au paiement. Il se poursuit avec la livraison, l’utilisation du produit, le besoin éventuel d’assistance, le retour, l’avis laissé puis, idéalement, le réachat. Le véritable enjeu n’est donc peut-être plus de savoir combien coûte le post-achat, mais combien coûte à l’enseigne un post-achat mal géré.

Prochain Club Retail Talk : l’acquisition client face à l’IA

Rdv le 14 décembre pour le prochain dîner-débat à Paris. - © Républik Retail
Rdv le 14 décembre pour le prochain dîner-débat à Paris. - © Républik Retail

Le prochain Club Retail Talk se tiendra le 14 décembre autour du thème : « Acquisition client : les nouvelles règles qu’impose l’IA ». Pour ce nouveau dîner-débat, Grégory Dominé, Global Director Search de L’Oréal, sera le grand témoin de la soirée. Avec les bouleversements provoqués par les moteurs génératifs, les LLMs et les agents IA, les enseignes voient déjà évoluer les règles de la visibilité et de la découverte des marques.

Comment rester visible lorsque la recherche ne passe plus systématiquement par Google ? Comment adapter ses stratégies SEO et d’acquisition à l’émergence du GEO ? Et comment se préparer à des parcours dans lesquels les agents IA pourraient demain rechercher, recommander et acheter à la place du consommateur ?

Autant de questions qui seront mises en débat entre dirigeants lors de ce prochain Club Retail Talk.

Demande d’inscription : ICI