Solutions et techno

Blancheporte passe à l’échelle dans la création de visuels IA


Multiplier les visuels produits, réduire les coûts de production et enrichir les fiches produits sans uniformiser son image. C’est le défi relevé par Blancheporte avec Veeton. L’enseigne combine désormais photographie traditionnelle et IA générative dans une stratégie où la marque conserve la maîtrise de sa création visuelle.

Blancheporte accélère la production de ses visuels grâce à l’IA. - © D.R.
Blancheporte accélère la production de ses visuels grâce à l’IA. - © D.R.

Après les démonstrations d’agents IA pour le CRM chez Kiabi ou de coach conversationnel pour les vendeurs chez Leroy Merlin, un autre usage de l’intelligence artificielle s’est imposé lors de Connect Lille, organisé par Républik Retail et Républik Supply les 30 juin et 1er juillet, la production de contenus.

Plusieurs acteurs ont montré comment ces outils commencent à transformer la fabrication des fiches produits et des visuels e-commerce. C’est le cas de Blancheporte qui intègre l’IA générative dans ses processus de création avec Veeton. L’e-commerce réclame toujours plus de contenus. Entre les fiches produits, les marketplaces, les réseaux sociaux ou encore les campagnes marketing, les enseignes doivent produire des milliers de visuels tout en maîtrisant leurs coûts. L’intelligence artificielle générative apparaît comme une réponse possible, mais elle soulève une autre question : comment industrialiser cette production sans perdre l’identité de la marque ? Blancheporte a choisi ce cheminement avec la plateforme française Veeton, spécialisée dans la génération de visuels de mode par IA. « Le marché de l’e-commerce est extrêmement compétitif. Il faut réussir à capter l’attention tout en maîtrisant ses budgets. Notre enjeu est d’être capable de générer des visuels à grande échelle tout en préservant l’identité de marque », résume Flore Lestrade, cofondatrice et CEO de Veeton, lors de Connect Lille.

Une IA entraînée aux codes de Blancheporte

Pour Blancheporte, la recherche d’économies n’a jamais été le premier critère. L’e-commerçant souhaite avant tout conserver les codes qui caractérisent son univers de marque.« Nous cherchions une IA parce qu’il était important que Blancheporte s’y mette. Mais pas n’importe comment. Nous avons choisi Veeton pour sa créativité et sa capacité à apporter de la singularité, explique Manuela Martin, responsable de la communication commerciale pour Blancheporte. Nous avons retravaillé notre plateforme de marque et il était fondamental pour nous de garder la main sur notre image et sur ce que nous voulons véhiculer autour de nos produits. » Concrètement, l’enseigne a développé ses propres références visuelles. « Nous avons créé avec Veeton des égéries qui nous sont propres, des fonds qui nous sont propres et une douzaine de poses qui nous sont propres également. Nous voulons des mannequins en mouvement, souriants, accessibles. Cela fait partie de notre plateforme de marque. »

Cette personnalisation permet à Blancheporte de ne pas produire des images génériques mais de conserver une cohérence entre les visuels générés par IA et ceux issus des shootings traditionnels. Interrogée sur la manière dont Blancheporte arbitre désormais entre les deux, Manuela Martin explique que les deux approches répondent à des usages différents. « Nous faisons des photos IA, mais aussi des photos avec de vrais mannequins. C’est le mélange des deux qui fait aujourd’hui notre force. » Le catalogue papier reste ainsi majoritairement produit lors de shootings classiques, tandis que ces prises de vue servent ensuite à générer les différentes déclinaisons destinées au web grâce à l’IA.

Des équipes créatives accompagnées dans leur montée en compétence

Le projet ne repose pas uniquement sur la technologie. Il implique également une transformation des métiers de la création. « Mon objectif était que mon équipe s’amuse. Ce sont des créatifs qui produisent des shootings depuis des dizaines d’années. Quand je leur ai parlé d’IA, ils m’ont répondu :  »Au secours« . L’idée était justement de leur donner envie de créer avec enthousiasme et plaisir. » L’entreprise assume une phase d’apprentissage où les collaborateurs découvrent de nouvelles pratiques : rédaction de prompts, contrôle des générations, ajustement des poses ou des décors et vérification de la fidélité des produits.

« Nous avons commencé par un véritable laboratoire, détaille Manuela Martin. Aujourd’hui, nous sommes encore en plein apprentissage. Les équipes apprennent à travailler différemment et Veeton fait évoluer la plateforme au fur et à mesure de nos besoins. » Cette montée en compétence explique pourquoi Blancheporte refuse de promettre des gains immédiats de productivité. « On ne peut pas dire que, pour l’instant, nous gagnons énormément en productivité. Nous sommes surtout en train d’organiser nos processus pour faire cohabiter les shootings avec mannequins et les productions réalisées en IA, tout en garantissant la véracité des produits. »

Une production qui change déjà d’échelle

Les premiers résultats sont néanmoins visibles. Selon Flore Lestrade, le projet est rapidement monté en puissance. « Blancheporte est passée de deux utilisateurs à vingt utilisateurs en quelques mois. Elle est également passée de quelques centaines de visuels générés à plusieurs milliers. » Cette industrialisation ouvre la voie à une nouvelle organisation de la production photo. « Le prochain grand catalogue sera majoritairement réalisé avec de vrais mannequins. Ces photos serviront ensuite à générer les différentes vues destinées au web grâce à l’IA. » L’IA intervient donc principalement pour multiplier les déclinaisons numériques à partir de prises de vue réelles. Le modèle présente également un intérêt économique.

Selon Blancheporte, la production d’une fiche produit comprenant cinq visuels coûte habituellement entre 280 et 350 euros lorsqu’elle mobilise photographe, styliste, maquillage et mannequin. Avec l’IA, ce coût peut descendre autour de 5 euros par fiche produit, même si l’enseigne insiste davantage sur la flexibilité apportée que sur les seules économies réalisées.

Vers une représentation plus fidèle des clientes

Blancheporte voit également dans l’IA un moyen de mieux représenter la diversité de sa clientèle. « Nous proposons des collections du 34 au 58, mais les mannequins photographiés sont souvent en 36 ou en 38. Avec l’IA, nous allons pouvoir ouvrir le champ des possibles au niveau des morphologies. » Certaines limites subsistent toutefois. L’enseigne reconnaît que certaines catégories, comme la lingerie, restent encore difficiles à générer de manière suffisamment réaliste. Au-delà des gains de coûts, ce retour d’expérience montre surtout que l’adoption de l’IA générative dans le retail ne consiste plus seulement à tester quelques images. Les enseignes cherchent désormais à intégrer ces outils dans leurs processus de production, tout en conservant leur identité de marque et en accompagnant l’évolution des métiers créatifs.