Stratégie retail

Sarah Tayeb (Ebay) : « Nous voulons devenir le numéro un du live shopping en France »


EBay lance un nouveau service de vente par streaming vidéo le 29 janvier. Retour sur ce service, baptisé eBay Live, qui fait déjà recette aux Etats-Unis avec Sarah Tayeb, directrice générale d’Ebay France.

Sarah Tayeb, directrice générale d’Ebay France. - © D.R.
Sarah Tayeb, directrice générale d’Ebay France. - © D.R.

Quel bilan faites-vous de l’année 2025 ?

Nous n’avons pas encore consolidé 2025 mais nous sommes très satisfaits de nos résultats sur les trois premiers mois de l’année. Notre volume d’affaires est en croissance, notamment sur nos catégories prioritaires, ce qui confirme la pertinence de la stratégie d’eBay sur ces segments clés, que sont les pièces détachées automobiles, les objets d’art et de collection au sens large, la mode de seconde main, le reconditionné. Nos audiences restent stables.

Notre stratégie s’inscrit dans une logique de consommation plus responsable, autour des trois R : reconditionnement, réparation et revente. La seconde main représente pour nous une voie d’avenir majeure. C’est dans cette continuité qu’eBay Live a été lancé.

Concernant nos chiffres, nous communiquons uniquement à l’échelle internationale : eBay compte 134 millions d’acheteurs dans le monde, est présent dans 190 pays et réunit en France près de 10 millions de visiteurs uniques mensuels.

Qu’est ce que le projet eBay Live ?

Il y a quelques années, nous avions déjà mené une expérimentation en France baptisée Live by eBay. Ce n’était pas exactement la même fonctionnalité, mais elle répondait déjà à un besoin croissant d’interactivité entre acheteurs et vendeurs.

En 2022, eBay Live a été officiellement lancé aux États-Unis. Le service a ensuite été déployé au Royaume-Uni, en Allemagne et en Australie. Nous sommes aujourd’hui très heureux de pouvoir le lancer en France désormais.

Il s’agit d’un nouveau format, intégré directement à la plateforme eBay. Ce n’est pas un site à part, mais une nouvelle page qui vient enrichir l’expérience e-commerce existante. Le format a déjà été testé, ajusté et optimisé sur des marchés plus matures, notamment aux États-Unis. Et notre objectif est clair : devenir le numéro un du live shopping en France.

Concrètement, quelle forme cela prend ?

eBay Live repose sur trois piliers. Tout d’abord, le streaming : les acheteurs voient le vendeur en direct, en vidéo. Ensuite, l’achat en temps réel : il peut s’agir d’achats immédiats ou d’enchères, plusieurs formats coexistent pour animer les ventes. Enfin, l’échange : les utilisateurs peuvent interagir avec le vendeur via un chat, poser des questions, échanger avec la communauté, envoyer des likes.

Il s’agit d’un format complémentaire à ceux déjà présents sur la plateforme. Un onglet dédié est accessible en permanence depuis notre page d’accueil et notre application. La programmation est assurée par nos vendeurs pré-approuvés, qui restent libres dans l’organisation de leur vidéo.

Le premier live ebay France a mis à l’honneur les cartes Pokemon.  - © Républik Retail / CC
Le premier live ebay France a mis à l’honneur les cartes Pokemon. - © Républik Retail / CC

Cela signifie-t-il qu’il n’y a pas de coût supplémentaire pour les vendeurs ?

Exactement. Le format vidéo ne modifie pas le business model. eBay reste une pure marketplace : nous prenons une commission uniquement lorsque nos vendeurs réalisent des ventes. Pour les vendeurs professionnels, elle se situe entre 6 % et 10 % du prix final de vente. Cela fait d’eBay l’une des places de marché les moins chères de France.

Notre retour d’expérience aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne montre que le live génère un chiffre d’affaires additionnel et incrémental pour les vendeurs, en particulier pour les petites et moyennes entreprises.

Quel objectif de volumétrie visez-vous pour les lives ?

L’objectif est d’être en permanence dans le direct. Les contenus peuvent être visionnés en replay, mais l’intérêt principal réside dans l’interaction en temps réel. Sur eBay Live, il se passe toujours quelque chose : une vente, un événement, un storytelling. On ne vient pas consulter une fiche produit, mais vivre une expérience avec un vendeur, échanger avec une communauté de passionnés et découvrir des produits exclusifs. Cela prend tout son sens pour des catégories comme les objets de collection, l’art ou l’antiquité, où chaque pièce est unique.

Une page dédiée eBay live affiche les prochains live programmés. - © Ebay
Une page dédiée eBay live affiche les prochains live programmés. - © Ebay

Le live shopping a déjà connu des échecs en France. Pourquoi lancer ce service aujourd’hui ?

Nous avons mené une étude avec l’IFOP pour mesurer l’appétence du marché. 31 % des Français connaissent aujourd’hui le live shopping, et ce chiffre atteint 56 % chez la génération Z. Par ailleurs, un Français sur deux ayant déjà assisté à une vente en live a réalisé au moins un achat. Ce format génère donc un fort engagement et des taux de conversion élevés.

Nous observons également une forte accélération aux États-Unis : entre 2024 et 2025, le chiffre d’affaires généré par eBay Live y a été multiplié par cinq. Tous ces indicateurs nous confortent dans l’idée que le marché français atteint aujourd’hui une maturité suffisante.

Quels sont les profils des acheteurs eBay ?

La génération Z est très engagée sur la seconde main et sensible aux enjeux de consommation responsable, même si le contexte économique favorise aussi l’ultra-discount.

La grande force d’eBay réside toutefois dans ses communautés de passionnés. La collection n’est pas une question d’âge. Les collectionneurs rajeunissent, tandis que la valeur moyenne de leurs collections augmente.

Cartes Pokémon, pièces de monnaie, sneakers, sacs de luxe d’occasion : de nouveaux produits d’investissement et de collection émergent et trouvent naturellement leur public sur eBay. Nous espérons toucher encore davantage ces communautés grâce à eBay Live.

Comment allez-vous promouvoir ce service, à la fois auprès des vendeurs et des clients finaux ? Quel dispositif sera mis en place ?

Nous avons déjà commencé la promotion du service auprès des vendeurs. Dans un premier temps, celle-ci repose sur des actions de marketing interne, car nous souhaitions proposer cette opportunité en priorité aux vendeurs déjà présents sur la plateforme.

Parallèlement, nous avons également pris contact avec des acteurs importants du marché en externe. Cette campagne est déjà en cours et va s’intensifier dans les mois à venir. L’enjeu est d’accompagner et de former correctement les vendeurs, notamment ceux déjà actifs sur eBay, qui ont souvent besoin d’un accompagnement spécifique et ne sont pas toujours familiers avec ce format.

Concernant le recrutement des acheteurs, nous disposons d’un atout majeur : une base mondiale de 134 millions d’utilisateurs eBay. Notre approche marketing repose principalement sur le digital, les réseaux sociaux et un ciblage très précis des communautés de passionnés.

C’est une méthode que nous appliquons déjà sur nos catégories prioritaires. Nous sommes proches de ces communautés et nous continuons à les accompagner dans le temps, à travers des campagnes digitales, sur les réseaux sociaux, mais aussi via des événements physiques. Elles se connaissent très bien, partagent les mêmes passions, et c’est de cette manière que nous leur proposons aujourd’hui cette nouvelle expérience.

Concernant vos services, avez-vous mis à profit l’IA pour les améliorer, notamment sur le search où les collectionneurs ont des demandes très précises…

Notre approche de l’IA est très pragmatique : comment améliorer l’efficacité des vendeurs

Nous sommes partenaires d’OpenAI. Le sujet de l’intelligence artificielle est travaillé chez eBay depuis de nombreuses années. Nous disposons d’un Chief AI Officer depuis près de cinq ans. Nous utilisons déjà le machine learning dans de nombreux domaines, aussi bien techniques qu’opérationnels ou internes. C’est un sujet sur lequel nous investissons fortement.

Ce qui est important à souligner, c’est que nos développements sont avant tout destinés à nos vendeurs et à nos acheteurs. Notre approche de l’IA est très pragmatique : comment améliorer l’efficacité des vendeurs, comment leur permettre de publier une annonce plus simplement, plus rapidement, et donc de générer davantage de chiffre d’affaires.

Nous avons beaucoup investi dans les outils de mise en ligne, la traduction automatique, ainsi que, côté acheteurs, dans les recommandations produits et la personnalisation de l’expérience shopping. Ces investissements se poursuivent.

Nous travaillons également sur l’agentique, toujours avec la même exigence : apporter de la fonctionnalité concrète et de la simplicité à nos utilisateurs. L’un de nos atouts majeurs réside dans nos 30 années de données, notamment sur les objets de collection et d’art : historique des ventes, prix, états, caractéristiques. Cette richesse de données est unique. L’intelligence artificielle permet de la rendre accessible et exploitable, afin de faciliter aussi bien les achats que les ventes.