Expérience client : le retail domine encore, mais la bataille de la valeur s’intensifie
Derrière la bonne tenue du retail dans le classement 2026, les lignes bougent. Entre pression sur les prix, montée des attentes et transformation des parcours, les enseignes doivent désormais arbitrer autrement. L’enjeu n’est plus seulement d’optimiser l’expérience, mais d’en démontrer l’utilité réelle.
Un an après un classement marqué par la montée en puissance de l’empathie, l’édition 2026 franchit un cap : les enseignes sont désormais jugées sur la valeur concrète qu’elles apportent. Le classement de l’expérience client, issu de l’étude Customer Experience Excellence de KPMG, confirme une tendance désormais bien installée : les univers du retail et de l’expérience dominent largement.
Mode & beauté conserve la première place, la distribution spécialisée s’impose en deuxième position et le divertissement complète le podium. Mais au-delà de cette hiérarchie, un autre enseignement s’impose : la compétition ne se joue plus uniquement sur l’expérience, mais sur la capacité des marques à démontrer ce qu’elles apportent réellement. La présence de la distribution spécialisée à la deuxième place n’a rien d’anodin. Elle confirme la capacité des enseignes retail à répondre à des attentes clients devenues particulièrement exigeantes, en combinant efficacité opérationnelle, fluidité des parcours et cohérence omnicanale. Dans un contexte où les consommateurs comparent désormais leurs expériences d’un secteur à l’autre, les enseignes capables d’orchestrer magasin, e-commerce et service client conservent une longueur d’avance. Cette domination est renforcée par le profil des marques présentes dans le Top 10.
Un Top 10 révélateur des nouveaux standards
Le classement 2026 des marques les plus performantes en expérience client apporte un éclairage particulièrement structurant pour les enseignes.
Le Top 10 est composé de Puy du Fou, Novotel, Chanel, Aroma-Zone, Mercure, Hermès, Louis Vuitton, Pandora, Amazon et Dior.
À première vue, cet ensemble peut sembler hétérogène, mêlant tourisme, hôtellerie, luxe et retail. Mais il révèle une évolution profonde des référentiels d’excellence. Ce classement confirme d’abord la domination des univers expérientiels. Les premières places sont occupées par des acteurs capables de créer une immersion forte et une dimension émotionnelle marquée. Puy du Fou, en tête, illustre cette logique, en construisant une expérience globale cohérente, qui dépasse la simple prestation. Cette capacité à scénariser l’expérience et à prolonger l’engagement devient un standard implicite, y compris pour les enseignes retail.
Mais l’enseignement le plus intéressant réside dans la présence d’acteurs directement liés au commerce. Amazon, Pandora et Aroma-Zone incarnent trois modèles très différents, qui illustrent les nouvelles voies de création de valeur dans le retail. Amazon repose sur une promesse d’efficacité absolue : simplicité du parcours, rapidité de livraison, fiabilité de l’offre. Pandora s’inscrit dans une logique émotionnelle, en valorisant la personnalisation et le lien affectif au produit. Aroma-Zone, enfin, s’impose sur un positionnement radicalement différent, fondé sur la transparence, la pédagogie et l’accessibilité avec des parcours en magasin très pédagogiques ou une offre DIY accessible en ligne et en point de vente. À l’autre extrémité du spectre, les maisons de luxe présentes dans le classement : Chanel, Hermès, Louis Vuitton, Dior rappellent que la valeur peut aussi reposer sur la rareté, le service et l’expérience en magasin. Dans ces modèles, le point de vente reste un élément central, non seulement comme lieu de transaction, mais comme espace d’expression de la marque et de relation client.
Leur point commun n’est pas leur positionnement, mais leur cohérence. Chacune de ces marques parvient à aligner sa promesse, son expérience et son prix. Le client comprend immédiatement ce qu’il achète, pourquoi il le paie et ce qu’il en retire. Pour le retail, l’enseignement est majeur. La performance ne repose plus uniquement sur la qualité de l’exécution, mais sur la lisibilité de la valeur proposée. Dans un marché où les consommateurs comparent en permanence les expériences entre secteurs, les enseignes doivent être capables de rendre leur proposition immédiatement compréhensible, tout en la délivrant sans friction. Ce classement montre enfin que les standards du retail ne sont plus définis uniquement par ses propres acteurs. Ils sont désormais influencés par des univers où l’expérience est plus immersive, plus émotionnelle ou plus servicielle. Pour rester compétitives, les enseignes doivent intégrer ces nouveaux référentiels et repenser leur rôle au-delà de la simple transaction.
Le basculement : de l’expérience à la valeur
Mais la véritable rupture est ailleurs. Le consommateur ne juge plus seulement la qualité d’une expérience. Il arbitre en fonction de ce qu’elle lui apporte réellement. Dans un contexte de pression sur le pouvoir d’achat, le prix redevient un critère central, mais il ne suffit plus à expliquer les choix. Les consommateurs recherchent désormais un équilibre entre prix, utilité, qualité et sens. Ils acceptent de payer plus si la valeur est perçue comme légitime, et sanctionnent immédiatement toute incohérence. Pour le retail, ce basculement est structurant. Une expérience premium ne garantit plus la préférence si elle n’est pas alignée avec le prix. À l’inverse, une expérience plus simple peut être valorisée si elle répond efficacement aux attentes. La clé n’est donc plus de proposer la meilleure expérience, mais la bonne expérience, au bon niveau de valeur.
IA : du gadget à l’arbitrage business, un tournant décisif pour le retail
Dans cette nouvelle équation de la valeur, l’intelligence artificielle s’impose comme un levier clé… mais aussi comme un révélateur des limites des stratégies actuelles. Après deux années marquées par une multiplication des expérimentations, les enseignes entrent dans une phase beaucoup plus exigeante. Il ne s’agit plus de tester, mais de prouver. Dans le retail, ce changement de paradigme est particulièrement visible. Les cas d’usage sont désormais bien identifiés : recommandations produits, assistants conversationnels, optimisation des stocks, personnalisation des parcours, analyse des retours clients. Mais tous ne créent pas de valeur de manière équivalente. La question n’est plus de savoir ce que l’IA permet de faire, mais ce qu’elle apporte réellement, concrètement, au client comme à l’entreprise.
Les directions générales attendent désormais des résultats tangibles. Amélioration du taux de transformation, réduction des coûts de service, optimisation des taux de disponibilité, augmentation du panier moyen : chaque projet doit être relié à un impact mesurable. Cette exigence met fin à une période où l’innovation technologique pouvait, à elle seule, justifier l’investissement. Dans un contexte de pression sur les marges, l’IA devient un sujet d’arbitrage budgétaire, au même titre que n’importe quel autre levier de performance. Pour les enseignes retail, l’enjeu est double. D’un côté, l’IA permet d’améliorer significativement l’expérience client en fluidifiant les parcours, en personnalisant les interactions et en réduisant les irritants. De l’autre, elle peut devenir un facteur de dégradation si elle est mal utilisée. Une recommandation peu pertinente, un chatbot inefficace ou une automatisation trop rigide peuvent rapidement générer de la frustration et dégrader la perception globale. Ce qui fait la différence, ce n’est donc pas la technologie elle-même, mais la manière dont elle s’intègre dans l’expérience. Les acteurs les plus avancés sont ceux qui partent des irritants clients pour identifier des cas d’usage ciblés, plutôt que d’imposer des solutions technologiques déconnectées des attentes réelles.
À moyen terme, une transformation plus profonde se dessine. L’émergence d’IA capables d’agir de manière autonome, en analysant les comportements et en anticipant les besoins, ouvre la voie à une expérience client beaucoup plus proactive. Dans le retail, cela se traduit par des parcours capables de s’adapter en temps réel, des offres contextualisées et une orchestration plus fluide entre les canaux. Mais cette évolution s’accompagne d’un changement de rapport de force. Les consommateurs eux-mêmes seront de plus en plus assistés par leurs propres outils, capables de comparer les offres, d’optimiser les choix et même d’automatiser certains achats. Dans ce contexte, la relation entre la marque et le client pourrait évoluer vers une interaction entre systèmes, où la transparence, la fiabilité des données et la cohérence des prix deviendront déterminantes. Pour les enseignes, cela implique un changement d’approche. La valeur ne sera plus uniquement perçue à travers l’expérience vécue, mais aussi évaluée de manière plus objective, à partir de critères lisibles et comparables. Dans ce nouveau cadre, l’IA n’est plus seulement un outil d’optimisation. Elle devient un élément central de la proposition de valeur.
ESG : un nouveau terrain de différenciation pour le retail
Autre évolution majeure, l’intégration des enjeux environnementaux et sociétaux dans la perception de la valeur. Cette transformation est particulièrement visible, car elle touche directement aux produits et aux modes de consommation. Les consommateurs attendent des preuves concrètes : transparence, durabilité, seconde main, circuits courts. Ces éléments participent désormais pleinement à l’expérience et peuvent devenir des facteurs de différenciation. Mais ils complexifient l’équation économique. Car ces modèles impliquent souvent des coûts supplémentaires, dans un contexte où le prix reste un critère clé. Les enseignes doivent donc trouver un équilibre entre engagement et accessibilité, sans dégrader la valeur perçue.
Le classement 2026 confirme que le retail reste l’un des secteurs les plus performants en matière d’expérience client. Mais cette position est de plus en plus fragile. Les standards s’élèvent, les attentes se complexifient et la concurrence s’intensifie, y compris entre secteurs. Les enseignes ne peuvent plus se contenter d’optimiser leurs parcours. Elles doivent repenser leur proposition de valeur dans son ensemble. Créer de la valeur pour le client, maintenir la rentabilité et intégrer les enjeux sociétaux : ces trois dimensions doivent désormais être alignées.
L’expérience client, telle qu’elle a été pensée ces dernières années, arrive à maturité. Les fondamentaux sont désormais maîtrisés par la majorité des acteurs. La différenciation se joue ailleurs. Ce qui fait la différence aujourd’hui, c’est la capacité à rendre la valeur tangible, immédiate et crédible. Les enseignes qui réussiront ne seront pas celles qui promettent la meilleure expérience, mais celles qui sauront démontrer, à chaque interaction, ce qu’elles apportent réellement au client. Et dans ce nouveau terrain de jeu, aucune position n’est définitivement acquise.
Méthodologie :
Cette analyse repose sur l’édition 2025-2026 du baromètre Customer Experience Excellence de KPMG. L’étude s’appuie sur plus de 7 000 consommateurs interrogés en France, qui ont évalué plusieurs centaines de marques à travers différents secteurs, selon des critères clés de l’expérience client.